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MYSTERE DANS LES LABOURS, Un roman à 1000 mains
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Sap1
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 10:26


Révolutionnaire piscicole


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Presque tout le village avait maintenant rejoint la fête, et tous semblaient avoir oublié les incidents de la semaine. Albert Dufermage tentait malgré lui de faire bonne figure, et s'efforçait de répondre aux sourires gênés dont on le gratifiait, mais ne pouvait s'empêcher de se trouver déshérité par cet incendie. La moitié de son bar était en cendres, et tous s'amusaient sur ce qu'il restait de son stock d'alcool, lequel avait été déménagé chez les pires poivrots que le Grimouillirois avait connu.

Comme pour donner raison à ses pensées, les inséparables Ernest Pichon et Gaston Chambier étaient affalés plus qu'accoudés à un fût de Leffe mis en perce par eux-mêmes au moyen d'une hache déterrée dans le fourbi insondable de l'établi de Pichon. Pourtant, ceux-là n'étaient pas occupés qu'à tenter de noyer le souvenir de cet incendie sous des litres d'éthanol :

- Dit Gaston, je pense à un truc...

- Mmmm ? fit Chambier en débarbouillant une moustache autant blanchie par les ans que par la mousse de bière.

- C'est quand même bizarre cette histoire. J'arrive pas à me sortir de la tête ce que le père Dupoilon a dit à Albert.

- Quoi ? répondit Gaston, plus par politesse que par curiosité.

- Ben ce truc comme quoi c'est à notre table qu'aurait commencé l'incendie. C'est quand même bizarre. Il se passait jamais rien ici - rien d'autre que ce qu'on faisait, je veux dire - et en à peine un mois, nous voilà potentiellement violeurs de la Courtecuisse, parents de notre maire, et presque assassins du Molard. Et voilà que quelqu'un fout le feu à notre table aux "Deux Piliers" ce qui fait cramer la moitié du boui-boui... Tu trouves pas que c'est bizarre, toi ?

- Moi, tout ce que je vois, c'est que t'as un bar chez toi ! affirma sans hésiter l'ancêtre en train de se resservir une ixième mousse.

- Arrêtes de penser qu'à boire ! lui rétorqua le relatif intellectuel de la bande... Tu crois pas que c'est quelqu'un qui nous en voulait qui a mis le feu à notre table ?

- C'est débile, Ernest. Si quelqu'un voulait foutre le feu à quelque chose pour nous atteindre, il aurait brûler mes clapiers ou ta ferme.

- Honnêtement, si tu devais choisir de perdre quelque chose, tu sacrifierais tes lapins ou le bistrot ?

- Ben... Maintenant que tu le dis... D'accord, admettons. Mais qui c'est qui aurait pu nous en vouloir au point de foutre le feu à notre bistrot, répondit Gaston comme s'il était lui-même propriétaire du troquet.

Mais cette question ne trouva aucune réponse : les deux hommes venaient de réaliser qu'ils étaient en train de payer une vie d'alcoolisme et de chamailleries avec tout un village. Qui aurait pu leur en vouloir ? Josy, pardi. Ou Augustin Molard, pour la vie de souffrance infligée à son frère. Ou tous les agriculteurs du canton pour ce fameux automne 1995. Ou encore l'abbé Tysumène pour toutes les fois où ils avaient versé de l'encre dans le bénitier avant de partir avec le nourrain. Ou ...

En fait, tout le village avait eu un jour à se plaindre des agissements des deux croulants. A l'exception bien sûr du seul à ne pas s'amuser ce soir là, trop occupé à faire la liste de toutes les déclarations qu'il aurait à faire le lendemain pour la perte de son commerce...

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

Si vous voulez aider les astronomes d'une façon ludique, c'est ici !!!

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David GILLE
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 11:25


Dieu de Cistes.net Membre du CRAB


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Pendant que les deux compères échangeaient ainsi des considérations paranoïdes, Ed Clapier Jr et les Céréales Killers montèrent sur scène, permettant aux Mamayes and the Papayes d'aller se rafraîchir au bar.

Immédiatement, ils enchaînèrent les tubes qui avaient fait leur succès dans toute la région : "Gratte-moi le dos, mignonne", "le Tango des bourreliers", "Mais où t'as mis ton doigt ?", "Ah, quand j'ai vu ton baigneur, ma mie", "Oh fais-moi mal, Chantal"... Lorsqu'ils attaquèrent leur morceau-phare, "Tagadagada Pin-Pon", ce fut un triomphe. Dans la salle, une arpette distribuait des prospectus à leur gloire, invitant à consulter leur site web, http://fr.youtube.com/watch?v=HGVLgGYoSWk. (C'était une action un peu stérile, personne ne possédant d'ordinateur dans le village, hormis Michel Grondin, l'instituteur, présentement occupé à vomir dans les salades d'Ernest Pichon.)

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castafiore
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 12:16


Révolutionnaire piscicole


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Josy songeait.

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David GILLE
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 14:17


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Le lundi suivant, Chambier accompagna Albert Dufermage à la gendarmerie afin de porter plainte contre X pour la destruction de son café, et retira un double de la plainte pour la compagnie d'assurance.

Puis ils prirent la route du bourg dans la Renault Fuego d'Albert. Ils se séparèrent, prévoyant de se retrouver au café de la gare à 16 H. Tandis qu'Albert s'occupait du sinistre avec son assureur, Chambier se rendit au siège du journal local, "La Gazette du Grimoullirois". Là, il demanda à consulter les archives.

Ce qu'il y découvrit le stupéfia.



Chapitre 4

De retour à St Marcelin, Chambier se précipita au "New Deux Piliers". Il y trouva Pichon devant une Suze.

- Tiens-toi bien, vieux gars : on est innocents !!!

Pichon leva vers lui deux yeux vitreux, démontrant qu'il avait déjà sérieusement entamé son capital hépatique de la journée.

- Hein ?...

- On est innocents, j' te dis !... Je reviens du bourg, et voilà ce que j'ai trouvé aux archives de la Gazette, en date du jeudi 19 juin 1947.

Il tira une photocopie de sa poche et la tendit à Pichon. Celui-ci y jeta un coup d'oeil rapide, et la lui rendit.

- Lis-la moi, les caractères flottent...

- Terrible drame à Saint Marcelin-sur-Poulaire. Dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune du village, Maurice Molard, 20 ans, fils de Madame et Monsieur Molard, cultivateurs bien connus dans la région, a été la victime d'un acte criminel qui l'a précipité au sol depuis le grenier de la grange de ses parents. Il a été transporté à l'hôpital dans un état jugé grave par les médecins. Sérieusement atteint à la colonne vertébrale, le jeune Molard pourrait rester paralysé. Hier, mercredi, les gendarmes se sont rendus à son chevet et ont pu l'entendre pendant quelques minutes. De ses déclarations, il ressort qu'il était allé dans la grange vers minuit parce qu'il y avait entendu du bruit. Il a précisé qu'une fois arrivé sur place, il était monté dans le grenier pour avoir une meilleure vue. C'est alors qu'il a découvert, en dessous, trois rôdeurs allongés dans la paille. Hélas, à cet instant, deux hommes - sans doute des ivrognes originaires du village voisin - sont passés devant la grange en chantant à tue-tête. Le vacarme qu'ils faisaient a empêché Maurice Molard d'entendre monter derrière lui un quatrième larron, resté invisible jusque-là. D'une poussée dans le dos, l'infâme personnage a précipité Maurice Molard dans le vide. Les quatre rôdeurs se sont alors enfuis, abandonnant leur victime. Surmontant ses souffrances, Maurice Molard a tenté en vain d'attirer l'attention des deux fêtards qui chantaient devant la grange. Ce sont finalement ses parents, inquiets de ne pas le trouver dans son lit, qui ont découvert le drame. La victime n'a pas pu donner de description précise de ses agresseurs, sinon qu'ils avaient un accent étranger à la région. Souhaitons que le jeune Maurice Molard ne garde pas de séquelles, et que les gendarmes réussissent à arrêter les auteurs de ce triste méfait.

- Euh... fit Pichon dans un admirable raccourci, suivi d'un rot.

- Voilà comment je vois les choses, vieux gars, enchaîna Gaston Chambier. C'est clair comme du sirop de parapluie : Molard avait rendez-vous dans le grenier de la grange avec la Josy. Quand elle est arrivée, trois rôdeurs lui ont sauté dessus et lui ont fait son affaire. Mais un quatrième voyou devait sans doute être tapi dans le grenier, pour faire le guet. C'est lui qui a envoyé valser le fils Molard dans le vide avant qu'il n'ait pu intervenir pour sauver la vertu de sa poulette. Pendant ce temps, toi et moi, on passait devant la grange en chantant, tranquilles comme Baptiste, et on n'a rien vu ni entendu. Normal, on devait être bourrés comme des cosaques, et particulièrement ce soir-là, vu que c'était un samedi... Et si le fils Molard n'a rien dit au sujet de la Josiane, c'est sans doute pour ne pas nuire à la réputation de la donzelle. Je suppose qu'après sa chute, il lui a demandé de rentrer chez elle pour ne pas qu'on la trouve sur place.

- Mais alors, pourquoi cette vieille peau de Josiane nous en veut, à nous ? Et pourquoi elle nous traite de "cons" dans son journal intime ?

- Ben ça me semble logique : non-assistance à personne en danger. Elle nous reproche de ne pas leur avoir porté secours, à elle et à son amoureux !

- Ben encore eut-il fallu que nous le sachassions ! On ignorait aussi que Lee Harvey Oswald était planqué dans un immeuble de Dallas pour flinguer Kennedy : on pourrait aussi nous mettre ça sur le dos, pendant qu'on y est ! Et le naufrage du Titanic, hein ? C'est nous aussi ?... Mais c'est un monde ! Alors comme ça, on n'aurait plus le droit d'écluser un godet sous prétexte que sur le chemin du retour on pourrait croiser quatre apaches ramonant une mocheté, pendant que son Jules s'entraîne au plongeon de haut vol ? Mais dans quel monde vivons-nous ?... Tu prends un verre ?

- Un perroquet... Ben une chose est sûre : aucun de nous n'est le père de Germain Poileux, notre maire ! Ca me rassure un peu, je l'ai toujours trouvé particulièrement idiot.

Les deux compères passèrent le restant de l'après-midi à maudire Josiane Courtecuisse et à ourdir de sombres plans pour se venger d'elle.

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cocodebe
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 15:02


Révolutionnaire piscicole


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- J’ai une idée ! dit l’Ernest les yeux vitreux comme le fond de sa bouteille. On pourrait organiser une rencontre publique entre le Germain et la Josy. On leur dirai comme ça : Monsieur le maire, voici votre mère ! Et elle qui passe pour une sainte, serait la risée de tout le village ! Qu’est –ce que t’en penses ?

- Et nous on passe pour les salopards de service, de genre qui l’ont toujours su et qui l’ont jamais dit ! Non merci ! Il faudrait quelque chose de plus mesquin…


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woodpecker
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 16:52


Révolutionnaire piscicole


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- .............. seulement, continuait Gaston, pour faire franchement mesquin .......... y nous faudrait demander conseil à une fumelle! Et là, rien qu'à l'idée d'être obligé de tout lui expliquer depuis le début, ça me glace les sangs!

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David GILLE
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 18:18


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- En attendant de trouver quelque chose de vraiment saignant, fit Ernest, on devrait déjà commencer par les grands classiques : badigeonner la clenche de sa porte avec de la crotte de chien. Et mettre un rat vivant dans sa boîte aux lettres...

- Elle ne ferme jamais la porte de sa maison à clé : on pourrait entrer chez elle en son absence et glisser un hareng sous son linge... Et tiens, le vieux truc du sachet de Ketchup sous la lunette des WC et qui gicle quand on s'assoit dessus : une cuvette pleine de machin rouge, ça fait toujours paniquer les fumelles. Alors une vieille fille, tu imagines !

- Ou tendre un film alimentaire directement sur la cuvette : ça donne des résultats encore plus épatants ! rigola Ernest. On pourrait aussi condamner la porte de ses cabinets avec de la Super Glue. Elle serait obligée d'aller faire ça dans le jardin, et on la prendrait en photo. Ensuite, il n'y aurait plus qu'à envoyer la photo à tout le village... En n'oubliant pas le Père Manganate et l'abbé Tysumène, bien sûr !

- Il ne faudra pas oublier non plus de mélanger quelques crottes de lapin à ses grains de café...

- Pisser dans son verre à dentier...

- Mettre de la suie sur l'écouteur de son téléphone...

- Un pétard dans son four...

- Du gratte-cul dans son lit...

- De la cancoillote dans sa crème Nivéa...

- Du lait dans ses plantes vertes : au bout de quelques jours, l'odeur est pire que l'haleine d'un équarrisseur, et on ne sait pas d'où ça vient...

Gaston et Ernest faisaient preuve d'une grande créativité, ce qui leur permettait d'évacuer une partie de leur ressentiment. Le projet de rendre la vie impossible à la bonne du curé, allié à quelques verres de gnôle, leur faisait un bien fou.

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king
  Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 19:33


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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- Moi je dis qu'on devrait nous donner une médaille ! Hurla Gaston alors qu'il terminait son troisième Cinzano.

- Uhh ? S’interrogea l'autre en cherchant du regard un point immobile.

- Oui môssieur, une médaille, parce que dans cette histoire, les agresseurs de la Josy qui étaient au nombre de quatre, ben en chantant à tue-tête ce soir là, on lui a sûrement évité le viol collectif ! Maintenant si c'est ça qu'elle nous reproche, une aubaine pour un cageot pareil, en avoir quatre d'un coup et plus rien pendant un demi siècle, je dis que c'est mesquin !

- T'as raison, parce qu'avec la trombine qu'elle a, répondit Ernest en faisant une grimace !

- Brrr ....rien que d'y penser j'en ai la chair de poule ! dit Gaston en se secouant

- Mais alors, si c'est comme tu dis, au pire, notre maire a quatre pères ?


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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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David GILLE
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 20:17


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Gaston le regarda comme une poule qui regarde une clé anglaise :

- Arrête les mélanges, mon cadet. Tu disjonctes ! Je viens de te dire, il y a pas dix secondes, qu'on lui avait évité le viol collectif. Ce qui, en bon français, signifie qu'un seul voyou lui a fait son affaire, et pas les quatre, ni même trois. Alors comment Germain Poileux pourrait-il avoir quatre pères, hein, je te le demande ?

- C'est vrai, vieux gars. Je fatigue... Parfois, je deviens un peu con, et je ne tiens aucun compte de ce qu'on me dit. Il est temps que j'aille me coucher.

- Je fais comme toi.

Les deux compères titubèrent jusqu'à leur domiciles respectifs et se séparèrent sur un dernier rot.

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castafiore
Ecrit le: vendredi 12 octobre 2007, 21:52


Révolutionnaire piscicole


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De son côté Josy, recluse dans la cure, découpait des lettres dans les pages de vieux magazines abandonnés par le curé. On savait l'appeler, Josy, quand on avait besoin d'elle... Un P, puis un I, puis un C et elle poursuivait absorbée par sa méditation laborieuse. Il serait le premier. Elle découpa le H. Ils l'avaient bien eu, la Josy. Puis le O et colla triomphalement le N. Miraculeusement elle eut trois lettres d'un seul coup : EST...

Elle entendit la porte claquer.

-Josy ? Le souper est prêt ?

Elle rangea les magazines dans le tiroir de la table et se précipita dans la cuisine.

- Ca vient, ça vient, marmonna-t-elle.

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castafiore
Ecrit le: samedi 13 octobre 2007, 11:01


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A la fin du repas elle put reprendre ses activités. Le curé faisait la sieste, puis filait à l’église pour les confessions. Elle prit tous ses découpages et s’installa dans sa chambre. Elle déposa son œuvre sur la vieille table qui lui servait de bureau. Elle avait PICHON, EST, elle chercha fébrilement dans les pages du journal des Missions et tomba net sur le mot qui manquait : « Conversations avec le père Aristide ». Elle tournoya avec les ciseaux et enroba le début du mot dans un magnifique découpage en forme de cœur. Elle colla, puis, épuisée mais encore alerte, elle saisit son Bic et apposa sa signature.

Puis elle se leva lourdement, regarda sa création et en fut très satisfaite. C’était la première fois qu’elle s’adonnait à cette activité qui l’avait bien amusée. Il fallut ensuite photocopier la missive en trente exemplaires, mettre le tout sous enveloppe et la nuit venue elle sillonnait le village tout en déposant ses lettres. Son sommeil fut lourd.

Au matin, les trente élus lisaient avec stupéfaction le courrier ainsi rédigé. Que Pichon soit C… tout le monde le savait mais que Josy fût une imbécile certains l’ignoraient encore.

Gaston lut la lettre le premier. Il se précipita chez Ernest. Il rigolait comme un damné.


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David GILLE
Ecrit le: samedi 13 octobre 2007, 13:08


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- Qu'elle est bête, mon Dieu, qu'elle est bête ! s'exclama Chambier. Signer une lettre anonyme, faut l' faire !

- On croit rêver !... Elle aime les lettres anonymes ? Eh bien, on va lui rendre la monnaie de sa pièce. Réfléchissons, vieux gars, on trouvera bien une idée.

Pichon allait être exaucé au-delà de ses espérances une heure plus tard. En effet, alors qu'il se rendait chez le marchand de vin, porte-bouteilles au bras, son attention fut attirée par Josiane Courtecuisse qui sortait de la boutique d'antiquités "Folles et Folies". Du bout des doigts, elle tenait un petit paquet ficelé avec art.

Le gérant de "Folles et Folies", Guy Liguili, était un Parisien froufroutant qui s'était installé à St Marcelin dans les années 90. Comparé à Guy Liguili, même Liberace aurait eu l'air viril. Aussi, les gens du village le regardaient-ils d'un drôle d'air et l'évitaient, se demandant de quoi il vivait. En effet, on n'avait jamais vu quiconque entrer dans sa boutique, si ce n'est quelques touristes de passage.

Ernest Pichon se décida pourtant à pousser la porte et se retrouva dans un univers déroutant. Il eut l'impression d'être à l'intérieur d'une bonbonnière. C'était une débauche de fanfreluches, d'éventails, de porcelaines, de minuscules meubles fragiles, de petites boîtes en métal doré... "Qui peut acheter ces cochonneries ?", se demanda-t-il alors que Guy Liguili se précipitait vers lui en balançant les hanches et en faisant du vent avec ses mains.

- Que puis-je faire pour vous, cher Monsieur ?

- Euh, vous avez de bien belles choses... Figurez-vous que j'ai eu l'idée d'entrer dans votre magasin en voyant la délicieuse Mademoiselle Courtecuisse en sortir. C'est une femme de goût...

- Et une grande collectionneuse de faunes en porcelaine de Saxe, savez-vous ! Je viens de lui en vendre un nouveau, magnifique. Elle doit en avoir plus d'une trentaine, maintenant...

- Un faune en porcelaine. Tiens, tiens, voyez-vous ça... S'cusez, mais c'est quoi, un faune ?

- C'est un petit personnage avec des pieds de bouc et des cornes.

- Je n'en ai jamais rencontré. Dites, vous ne vendez pas des bouillottes, par hasard ?

- Des bouillottes ? Non, je regrette, fit l'antiquaire d'un air pincé.

Pichon prit congé. Il avait appris ce qu'il voulait savoir, et une idée machiavélique venait de germer dans son esprit.



Gaston Chambier et Ernest Pichon se partagèrent les tâches. Chambier, qui jouait les artificiers lors des fêtes du 14 juillet et de Nouvel-an, confectionnait depuis belle lurette de petits explosifs qui lui servaient à pêcher et à éventrer des terriers de lapins. A l'aide d'engrais, de chlorate et de nitrate de potassium et de quelques grammes de sucre, il fabriqua une dizaine de bombinettes capables de faire sauter quelques vitres.

Pendant les quinze jours suivants, les deux compères les firent exploser, la nuit, dans toutes les communes avoisinantes, réveillant les habitants en sursaut et créant la panique. Aux maires des communes touchées, ils envoyèrent des lettres de revendication portant comme emblème une rose stylisée, et signées : "Front de Libération du Grimouillirois". Ces lettres exigeaient l'indépendance de la région.

Ils passèrent alors à la deuxième phase de l'opération.

Pichon éplucha les petites annonces de la Gazette. Sous un faux nom et une boîte ouverte en poste restante à Piqueton-lez-Genêts, il écrivit à toutes les personnes recherchant l'âme soeur, se faisant passer tantôt pour un instituteur célibataire, tantôt pour une fonctionnaire divorcée, tantôt pour un pharmacien à la retraite, tantôt pour une veuve qui avait du bien. A chacun de ses correspondants, Pichon fixa rendez-vous le samedi suivant, à 15 H, sur la place du marché de St Marcelin. Il leur recommanda de tenir une rose à la main "pour se reconnaître", précisa-t-il.

Puis il rédigea une petite annonce qu'il fit publier dans la Gazette :

"Monsieur, 78 ans, sérieux, bien élevé, galant et serviable, grand collectionneur de faunes en porcelaine de Saxe, très croyant, cherche amitié avec dame ayant même profil et même goûts."

Il n'eut à attendre que deux jours pour recevoir une lettre de Josiane Courtecuisse. Elle se disait prête à le rencontrer. Sous le pseudonyme "Jean-Aymard de Tékonery", Pichon lui écrivit immédiatement, lui fixant rendez-vous pour le samedi à 15 H sur la place du marché de St Marcelin. Il lui recommanda de tenir une rose à la main afin qu'il la reconnaisse.

Le samedi, les rayons du soleil tentaient de percer les nuages, écrasant les reliefs et lissant les contrastes. Un petit vent frisquet circulait en tourbillons poussifs dans les ruelles de St Marcelin-sur-Poulaire, faisant virevolter papiers gras et feuilles mortes. A 14 H, Pichon s'enferma dans la cabine téléphonique publique et appela les gendarmes. Déguisant sa voix, il dit :

- Je tiens à vous informer que tous les membres du commando du Front de Libération du Grimouillirois, qui a commis tous ces attentats récents, se réuniront en secret sur la place du marché de St Marcelin-sur-Poulaire aujourd'hui à 15 H. Vous les reconnaîtrez facilement : ils tiendront tous une rose à la main. Au revoir.

Puis il raccrocha.

A 15 H, toutes les personnes s'approchant de la place du marché avec une rose à la main furent prestement embarqués dans un panier à salade, malgré leurs protestations.

Quand ce fut au tour de Josiane Courtecuisse, elle poussa des hurlements qui atteignirent le contre-ut, et essaya d'assommer les gendarmes avec son sac à main. Les pandores en eurent vite marre et la propulsèrent dans le fourgon. La scène dégageait une irrésistible charge comique.

Quant à Chambier et Pichon, assis sur leur banc, ils se tenaient les côtes et cherchaient à maîtriser leur vessie.

Cette nuit-là, ils dormirent comme des bébés.

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David GILLE
Ecrit le: samedi 13 octobre 2007, 17:15


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Chapitre 5

A trente mètres de la maison de Gaston Chambier se trouvait un gîte que la mairie louait pendant les week-ends et les vacances à des gens de la ville, ce qui mettait Chambier dans tous ses états. En effet, il cherchait à dégoûter les vacanciers d'y venir, car dans son esprit, le maire ne parvenant pas à rentabiliser l'endroit, il finirait par le lui vendre.

Dès que de nouveaux locataires s'y installaient, Chambier allait quérir Pichon, et, ensemble, ils se rendaient au gîte pour chercher querelle aux occupants sous n'importe quel prétexte : les fumées du barbecue les indisposaient, les cris des enfants faisaient tourner le lait des vaches, ils riaient et chantaient trop fort après le coucher du soleil, etc. Mais si les villageois de St Marcelin évitaient de trop contrarier les deux compères (ce qui était compréhensible, puisqu'ils devaient les supporter toute l'année), les vacanciers, eux, étaient faits d'un autre métal et n'avaient pas de ces scrupules. En général ils ne se laissaient pas marcher sur les pieds et répondaient par un : "Dégagez, vieux débris, si vous ne voulez pas qu'on vous explose la tête !".

Mais ce jour-là, les choses se présentèrent différemment.

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Sap1
Ecrit le: samedi 13 octobre 2007, 22:20


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Alors que le soleil d'un début de mois d'août comme tant d'autres dardait de ses rayons la campagne Marcepoulairoise, et cependant qu'Ernest Pichon était occupé à critiquer vivement la sécheresse dont étaient accablés les pauvres fruits et légumes du jardin de son meilleur - car seul - ami, celui-ci, le dos tourné à la maison, distingua un mouvement furtif de l'autre côté de la pâture de ses limousines. Il n'y aurait sans doute pas accordé d'importance, préférant renvoyer à son interlocuteur un sec "T'as pas vu l'état de tes lapins ?!?", s'il n'avait pas été réveillé deux nuits plus tôt par quelques évènements suspects dans un village au demeurant calme (du moins, tant que l'un des deux ne s'affairait pas à y mettre de l'animation...).

- Qu'est-ce qu'il y a, qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Pichon, d'abord surpris de ne pas avoir reçu de remarque cinglante en réponse de son attaque. Puis, ayant remarqué que quelque chose intriguait réellement son compère, il ajouta : "Qu'est-ce que tu as vu ?"

- J'en sais trop rien... C'est bizarre... J'ai l'impression que quelque chose se trame encore ici...

- Pourquoi, qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Je viens de voir des sortes de rôdeurs là-bas, de l'autre côté de mes vaches, des gens qui marchaient comme s'ils avaient peur d'être vus.

- Boarf, commença Ernest dans une onomatopée assez proche d'une éructation d'un supporter de foot armé de bières, ça doit rien être d'autre que des vacanciers, comme d'habitude.

- Je sais pas... Je t'ai pas dit l'autre nuit, ça m'était sorti de la tête, mais j'ai été réveillé par des bruits de chaîne et des voix humaines. Et quand je me suis mis à la fenêtre, il m'a semblé apercevoir des lumières par là-bas...

- Vers chez la Crochu ? Un gars venu lui reluquer le cul de nuit, tu penses ?

- Je ne sais pas, peut-être bien... Allons voir quand même là-bas ce qu'il se passe...

Les deux ancêtres se mirent en chemin vers la pâture de Chambier, et nul n'aurait pu dire s'ils étaient ainsi courbés par une arthrose vieille de plus de trente ans ou par la volonté de ne pas se faire repérer dans une approche qu'ils pensaient discrète. Arrivés derrière le gîte communal, Gaston fut confirmé dans ses soupçons par la présence d'une voiture inconnue - il y avait assez peu de propriétaires de voitures à Saint Marcelin-sur-Poulaire pour qu'ils connaissent tous les véhicules autochtones - au bout de l'allée qui menait aux ruines de l'ancien moulin enjambant la Poulaire, petite rivière qui avait donné une partie de son nom audit village.

La voiture était vide de ses occupants, mais contenait un bien intriguant fourbi : des cartes d'état-major détaillées, des jouets pour enfants que même le Liguili n'avait pas dans son magasin, des boîtes Tupperware vides, des élastiques, des sacs plastique... le tout jeté pêle-mêle aux pieds du siège passager.

Ils finissaient l'inspection de l'étrange contenu du véhicule quand Pichon et Chambier furent hélés par un couple de jeunes d'à peine plus d'une vingtaine d'années :

- Bonjour messieurs, vous avez l'air bien intrigués par le contenu de notre voiture.

- Qu'est-ce que vous fichez là, vous deux ? demanda Chambier avec son tact habituel.

- On ne vous a jamais vu dans le coin, vous êtes des touristes ? tenta de calmer Pichon.

- Heu... comment vous expliquer simplement...

- Y'a rien à expliquer, je vous ai pris à rôder près de mes vaches, et je crois bien que vous avez dans l'idée de me les piquer, s'énerva la parodie d'éleveur

- Non, non, pas du tout... commença le premier jeune.
- On participe à un jeu de piste, une chasse aux trésors... continua son amie.
- ... trouvable sur le web...
- ... Sur la piste des cistes, sur cistes.net
- ... et on avait trouvé un spot pas mal où on a planqué une ciste derrière ces auges à cochons là-bas...
- ... pas trop loin du moulin mais pas trop près non plus...
- ... la Ciste de Walt...
- ... mais un hibou nous a prévenu par MP qu'elle avait probablement disparu...
- ... du coup, on est venu la réactiver, remettre des nouveaux perso Disney dedans...
- ... et trouver un spot moins visible pour la cache...

Le tout avait été débité à une telle vitesse que même les deux vieux colériques n'étaient pas parvenus à en placer une ni à les faire taire. Ils auraient pourtant bien aimé tant cette histoire leur semblait incompréhensible. Ils avaient vaguement compris qu'un certain Spok, habitant de Bab-el-Oueb, se faisait aider de hiboux pour chercher des trésors remplis d'ouate dessinée sur des sites qui n'étaient point nets...

Mais ils étaient bien décidés à tirer tout ce charabia au clair, et à faire passer à ces pilleurs de tombes l'envie de venir débusquer des trésors chez eux...

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

Si vous voulez aider les astronomes d'une façon ludique, c'est ici !!!

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David GILLE
Ecrit le: dimanche 14 octobre 2007, 10:02


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- Votre histoire est fumeuse, fit Chambier. J'ai bien envie de crever les pneus de votre voiture pour vous empêcher de fuir...

- Bien dit, l'ancien ! abonda Pichon. Comme ça on pourra faire une enquête. Si ça se trouve, ce sont des terroristes.

Il se tourna vers le jeune couple et demanda :

- Vous avez déjà été en Afghanistan ?

- Non. Mais j'ai voulu voir Vesoul et j'ai vu Vesoul ! répondit le jeune homme en rigolant... Ecoutez, on nage en plein délire ! Je vais vous expliquer tout ça lentement, pour vous donner une chance de comprendre. Alors voilà. Figurez-vous que ma copine et moi, on vient de réactiver une ciste. Et comme on a loué le gîte pour le week-end, on a...

- Comprends rien, grommela Pichon. Et de toute façon, le gîte, il est hanté depuis que le Massacreur du Grimouillirois y a dépecé plusieurs familles de touristes, mentit-il. Vous l'avez sûrement lu dans les journaux. A votre place, je prendrais mes cliques et mes claques...

- Attendez, écoutez-moi, continua le jeune homme, pas impressionné. Nous sommes des Cisteurs, et...

La fille l'interrompit :

- Laisse, Jean-Luc, je m'en occupe.

Elle se tourna vers les deux vieux et trouva les mots justes :

- Nous avons loué le gîte. Nous attendons des amis qui viendront déjeuner tout à l'heure. Je vous propose de vous joindre à nous pour le pousse-café, vers 14 H. Comme ça, on vous expliquera en détail ce que nous faisons ici. Ca vous va ?

L'expression "pousse-café" eut sur les deux compères le même effet qu'un billet de mille sur la conscience d'un politicien. Ils se calmèrent immédiatement et promirent de revenir à 14 H. Dans leur univers à eux, quelqu'un qui offrait une tournée ne pouvait pas être entièrement mauvais...

A 14 H tapantes, ils furent de retour au gîte. Il y avait là une trentaine de voitures et plus d'affluence qu'au "New Deux piliers" un jour de marché aux bestiaux. Ces gens avaient amené leurs enfants, et même leurs animaux domestiques : Cybèle, une chatte persane, Assy, un pékinois, O' Violle, un setter irlandais, Davinci, un labrador, et Foul-Khan, un afghan. Les gamins cavalaient partout en poussant des cris. Avec une joie non dissimulée, Pichon et Chambier voyaient circuler entre les convives un nombre impressionnant de bouteilles.

- En tout cas, ils ont du répondant, vieux gars ! murmura Chambier avec difficulté, la salive qui emplissait sa bouche l'empêchant d'articuler.

La jeune femme qui, le matin, les avait invités, se dirigea vers eux.

- Ah, messieurs, bienvenue, prenez place... Jean-Luc, apporte deux verres.

Il régnait autour du gîte un raffut indescriptible. Certains, penchés sur des cartes, braillaient "Non, c'est pas là, j' te dis !", d'autres se racontaient leurs aventures en riant aux éclats, d'autres, encore, se passaient les bouteilles de table en table en criant : "Goûte celle-là, tu m'en diras des nouvelles !" Sur la pelouse, à l'écart, étaient alignées des boîtes en plastique autour desquelles s'affairaient une dizaine de personnes qui exprimaient bruyamment leur satisfaction.

Tout en éclusant poire Williams après cognac, cognac après bière, bière après kirsch, et kirsch après beaujolais, les deux compères observaient tout ce remue-ménage avec un effarement grandissant, se demandant sur quelle planète ils étaient tombés. Chambier essaya de faire un croche-pied à un gosse qui poursuivait un chien, mais le loupa. Pichon mit l'intermède à profit pour tenter de dégommer un papillon en vol à l'aide d'une capsule de 1664, capsule qui termina sa course dans l'oeil d'un convive. Pour se consoler de ses lacunes en balistique, Pichon attrapa une bouteille de Bénédictine et la mit dans la poche intérieure de sa veste.

Il faisait de plus en plus chaud.

Une femme hurla : "O' Violle ! O' Violle !". Tout le monde se leva pour lui porter secours, mais c'était une fausse alerte : la femme appelait son chien, lequel était parti musarder derrière la maison avec le labrador Davinci. Couvrant le vacarme, on entendit alors :

- Davinci ! Davinci !

- Oui ? fit une voix.

- Non, pas toi : mon chien !

- Ah !

Les deux bestioles revinrent et se lancèrent dans une bagarre avec le restant de la troupe. Leurs maîtres essayaient de les séparer en donnant de la voix :

- Assy, couché !

- Foul-Khan, reviens !

Pichon et Chambier, confits dans leurs vapeurs d'alcool, se laissaient lentement envahir par une douce torpeur. Ils entendirent à peine les cris d'une femme paniquée :

- Cybèle ? Quelqu'un a vu Cybèle, ma chatte ? Elle a disparu !... Mon Dieu, elle a peut-être été kidnappée par des gens du voyage !

On retrouva Cybèle dans le tiroir d'une commode de la maison. Sa maîtresse exprima sa satisfaction d'une voix de haute-contre qui fit vibrer les vitres du gîte :

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Chambier et Pichon ronflaient. Pourtant, avant qu'ils ne sombrent dans les bras de Morphée, quelques bonnes âmes eurent le temps de leur expliquer ce qu'étaient les cistes et les Cisteurs. Mais qu'en resterait-il à leur réveil ?

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crevette76
Ecrit le: dimanche 14 octobre 2007, 20:14


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Le lendemain, alors que le coq chantait depuis un bon moment, Chambier ouvrit péniblement les yeux. Au sortir d'une nuit agitée, un café s'imposait. Pendant qu'il se débattait en essayant de vider le filtre datant de plusieurs jours du marc qu'il contenait, les images de la nuit se reformaient dans son esprit embrumé.

D'abord le réveil sous la lune et la mine réjouie des occupants du gite, un paquet soigneusement emballé dans les mains ; puis les faisceaux de lampe-torche dernier cri fonctionnant à l'huile, non pas de coude mais de poignet, les hululements des participants avant le grand départ, ensuite l'arrivée près du four à pain derrière chez Alphonse, et puis... et puis ça doit être à ce moment qu'avec Pichon ils avaient ressorti la bouteille de bénédictine chapardée pour se réchauffer... de l'agitation, le groupe s'éparpillant un peu plus loin et revenant le sourire au lèvres...

Quelle idée ils avaient eu ces emplumés de les emmener à une de leur chasse nocturne ! Et sans même un fusil en plus !
Mais cette fois oui, ça y est, ça lui revenait : un trésor !!! Ils avaient caché un trésor, destiné à... comment ils disaient déjà..? Aux six sauteurs c'est ça ! "Pour les soeurs" avait ajouté un des jeunes en se marrant...
L'église a toujours caché ses fortunes, au diable le père Manganate et l'abbé Nédixion, ils en auraient le coeur net... et les poches pleines !
...Et ils n'auraient pas veillé jusque quatre heures du matin pour rien.

Au bout de dix minutes de combat contre la cafetière, il s'avoua vaincu et décida d'aller au "new deux piliers" consommer un expresso puisqu'après tout il avait maintenant moins de chemin à faire et un tarif plus que préférentiel... étant donné qu'il connaissait les accès à la grange de Pichon comme sa poche depuis des années.

Juste avant, il attrapa dans la remise un objet qu'il avait failli maintes fois jeter aux ordures et qui était encore là uniquement parce que la flemme d'aller jusqu'à la déchetterie l'emportait sur l'envie de s'en débarasser ; en fin de compte il allait bien servir à quelquechose !

Son expresso avalé d'un trait, Chambier y voyait déjà plus clair, il hésita à prendre un fond de calva pour se faire un canard, mais comme c'était bientôt l'heure de la sieste pour la majorité des habitants du village, il abandonna à regret le sucre et le calva pour aller sortir Pichon de chez lui et lui exposer ses projets...

- grrrmbl, mais qu'est-ce que tu fabriques avec un aspirateur dans ma chambre? Pfff, quelle heure il est ?

- C'est pas un aspirateur, triple buse, dit Chambier, c'est un renifleur de métaux, ça sert à trouver de l'or ! Maintenant qu'on sait vers où ils ont caché leur bidule là... on a plus qu'à y aller avec ça pour dénicher le magot !

- Hmmm, répondit Pichon encore un lobe cérébral dans le sommeil, ben heu bon... t'es sûr qu'on a le droit de prendre un asp... un truc là ? Y'avait l'air d'avoir des règles à suivre dans leur secte... Pas envie d'avoir leur grand roux sur le dos...

- Mais peuchère à ton avis pourquoi je te turlupine pour qu'on y aille MAINTENANT ? Ils sont tous en train de roupiller après le poulet roti du dimanche à cette heure ! Et puis ceux du gite ils sont partis pour la journée chercher la chapelle de St Fenestrine, et vu l'état du chemin pour monter là bas, ça nous laisse bien le temps de déterrer ce qu'on peut. Allez, discutes plus, tu prends ta bêche et on y va !

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Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des bêtises que mobiliser sa bêtise sur des choses intelligentes (devise shadok)
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castafiore
Ecrit le: dimanche 14 octobre 2007, 23:05


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Le père Lapilule qui labourait ses champs les vit passer tenant leur appareil.

- Oh là, vieux gars, où allez-vous donc avec ce drôle d'engin ? Vous cherchez du pétrole ou vous comptez trouver du Schnaps sous terre ? cria-t-il.

- Taisez-vous, malheureux, vous allez nous faire remarquer, cria Pichon pour être entendu d'Isidore qu'il savait dur de la feuille.

- On va aérer le gîte du maire et nettoyer tout le merdier qu'ont laissé les Parisiens d'hier, ajouta Chambier.

- Ah bon ! Les Parisiens sont arrivés... Ca sent les vacances ! Allez, salut, y a mes labours qui attendent, y en a qui bossent eux.

Le vieux tira sur la manette du tracteur et disparut comme un rêve en pétaradant dans un nuage de poussière.


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La marquise demanda sa voiture et se mit au lit.
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J'ai adopté la BAttitude et clique où il faut quand il faut.
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David GILLE
Ecrit le: dimanche 14 octobre 2007, 23:40


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- Tu n'as vraiment aucun souvenir de l'endroit où ils nous ont emmenés, ces gueux ? demanda Pichon.

- Je me rappelle du four à pain derrière chez Alphonse. Sans doute qu'ils nous ont trimballés jusqu'à la limite de ma pâture, près de la source de la Goulue. Ca devait être dans ce coin, juste avant le bois... C'est à ce moment que j'ai tiré le rideau suite à la Bénédictine.

- Ouais, moi aussi. Tu sais que toi et moi, on est synchrone pour les cuites. Depuis le temps qu'on s'entraîne ensemble, hein, vieux gars ?...Qu'est-ce qu'ils ont bien pu planquer dans cette boîte, à ton avis ?

- J'en sais rien. Mais ça devait avoir de la valeur, vu le mic-mac qu'ils ont fait. Remarque, ils étaient bien soixante, sans compter les mioches. Même si chacun n'y a mis que dix Euros, ça fait un paquet de bouteilles de rhum !

- Et s'il n'y ont pas mis de fric ?...

- De toute façon, ça vaut la peine de chercher.

Pichon désigna le détecteur de métaux :

- Tu es sûr que ton renifleur, là, il peut détecter des billets de banque en plus de pièces et des lingots ?

- Les billets, non. Juste les pièces. C'est un renifleur de métal, pas de papier ! Mais si on trouve les monnaies, vieux gars, les billets seront avec, hein !... La dernière fois que je l'ai utilisé, j'ai trouvé des tas de clous, des capsules de Coca, du papier alu, mais aussi une pièce de 50 F en argent. Tu sais, de celles qu'on filait aux retraités, à l'époque. Elles sont très recherchées. La mienne, elle est toujours dans un tiroir. Je la garde pour le jour où je serai en déficit de pinard et en rouge à la banque. On n'est jamais trop prévoyant, de nos jours...

- Tu as mis des piles dans ta bécane ?

- T'inquiète pas, j'ai testé... Bon, on arrive. On commence où ?

Les deux vieux s'affairèrent. Chambier ratissait le terrain avec son détecteur, et Pichon creusait dès que l'appareil
faisait "bip". Au bout de vingt minutes, ils étaient en nage. Tout ce qu'ils avaient trouvé était un boulon rouillé et une sonnette de vélo encore plus rouillée.

- File la boutanche, l'ancien.

La bouteille de Sancerre vidée (en 42 secondes, exactement), ils se remirent au travail. Chambier attaquait la parcelle sur sa gauche, près de la dalle qui marquait la résurgence de la source de la Goulue, lorsque le détecteur de métaux émit un son beaucoup plus franc que les fois précédentes.

- Là, on a quelque chose, fit sobrement Chambier. Creuse, Ernest.

Pichon s'exécuta. Au bout de quelques minutes, il se figea et poussa un cri :

- Octod'jus !...

- Quoi ?

- Regarde ça, Gaston !

Il arracha de la glaise un os qui ressemblait bougrement à un tibia.

- Tu crois qu'on a trouvé un macchab' ?

- Ca m'en a tout l'air, vieux gars !

- Tu crois que les Parigots l'ont enterré cette nuit ?

- Ne sois pas idiot, tu vois bien que cet os-ci est une vieillerie. Ca fait des années qu'il est là. Attends, j'agrandis autour....

Pichon s'escrima. Puis il dit :

- Ca y est, j'ai la pièce de métal qui a fait réagir le renifleur.

- C'est la montre du mort ? demanda Chambier d'un air gourmand.

- Non, c'est beaucoup trop gros.

- Avec un "han" de bûcheron, il réussit enfin à extirper l'objet de sa gangue de glaise. En même temps, il dégagea quelques vertèbres.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ? demanda Chambier.

- J'en sais rien. Mais attends, y a autre chose....

Pichon tira du trou une masse qui ressemblait à une tête d'animal. D'un gros animal.

- Ce n'est pas un macchab', vieux gars : c'est un bestiau ! fit il. M'est avis que c'est une vache. Regarde, il y a des cornes.

- Et le machin métallique, alors ?

- Attends, faut le nettoyer.

A tour de rôle, ils pissèrent sur l'objet et le frottèrent avec de l'herbe. Au fur et à mesure qu'il nettoyaient le métal (du bronze), il comprirent qu'il s'agissait d'une cloche à vache, d'un toupin. Il continuèrent à frotter. Une gravure apparut. Pichon fut le premier à la déchiffrer :

- "Clarabelle" !

- Clarabelle ?... Mais c'était le nom de ma vache ! Celle qui a disparu cornes et âme en 1998, pendant qu'on regardait la finale !

- Eh bien, tu viens de la retrouver, vieux gars !

- Mais comment qu'elle est arrivée ici, sous terre ? fit Chambier d'une voix blanche. Elle ne s'est quand même pas enterrée toute seule !

- Ella été assassinée. Regarde, il y a un trou dans le crâne. C'est une balle qui l'a tuée.

- Acré bongu ! Mais quel est l'enfant de salaud qui a pu me faire un coup pareil ?

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Chapitre 6

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Denis
Ecrit le: lundi 15 octobre 2007, 00:22


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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king
Ecrit le: lundi 15 octobre 2007, 20:13


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Deux jours qu'on n'avait pas vu Chambier, ni au pousse gnôle du matin, ni à l'apéro, ce qui inquiétait son compère, qui but deux fois plus que de coutume afin de ne pas faire baisser la moyenne et rester dans les quotas et aussi par souci d'économie qui se traduit par une seule aspirine la semaine.

La vieille Toupy qui se rendait aux vêpres (une des trois grâces) a bien failli avaler son bulletin de naissance lorsque Gaston arriva en trombe sur un vélo digne du tour de France mille neuf cent sept, les pigeons de la place eurent juste le temps de s'envoler devant la roue du dératé du dérailleur. Faut dire qu'avec un crâne de vache attaché au guidon, et un gus qui descend la côte les jambes écartées, par stabilité certes, mais ne pouvant faire autrement sur ce vélo à pignon fixe, il y a de quoi avoir le souffle et les jambes coupés.

- Ernest ! Cria-t-il pensant que son compère ne le vit pas arriver.

- Ah te voila, tu m'as fait faire un seau d'encre ! Viens t'en te rincer la poussière du gosier, je viens juste de la déboucher fit-il en montant une bouteille contenant au bas mot un demi verre de vin.

- Voila j'arrive, dit l'autre en se battant avec un tendeur, qui, une fois lâché alla ricocher sur le trottoir dans les jambes de la vieille Toupy qui continuait sa route en brandissant son parapluie,
tout en étouffant des jurons qui passèrent à deux lieues des oreilles concernées.

- Tiens, goûte voir dit Ernest en essayant de faire un partage équitable, le nez au ras de la table.

- Regarde ! dit l'autre en posant le crâne de la défunte vache sur la table.

Ceci eut pour effet de faire lever de chaise Pichon, qui se découvrit et se signa.

- Regarder quoi ? fit-il en réajustant sa bâche et rattrapant in extremis le mégot d'un coup de langue.

- Là ! rétorqua l'autre avec un doigt dans le trou de balle (celui dans le crâne), merde quel con,
je l'ai remise dedans ! J'avais sorti la bastos et je l'avais emmenée chez mon neveu !

- Matelet Robert ? Celui qui s'est marié avec Hélène Hibart ?

- Oui ... tu sais qu'il collectionne les armes et qu'il a des bouquins sur le sujet, ben il a trouvé, dit-il
en retirant le doigt coincé dans le crâne. J'arrive pas à la retirer, elle est bien entrée deux fois,
faudra bien qu'elle sorte à nouveau !

- Il faudrait le fracasser ! tenta de dire Pichon.

- Non non, s'écria l'autre, c'est sacré une vache ! Regarde l'ancien comment on fait !

D'un mouvement digne d'un haltérophile, Gaston retourna le crâne au dessus de sa tête et entreprit de lui imprimer un mouvement à peu près circulaire ; et l'autre de commencer à tapoter sur le rebord de la table, en lançant des incantations... Ca ne se fit pas attendre, comme qui dirait qu'une ligne de mire doit partir d'un oeil, passer par le guidon pour arriver à la cible, là ce fut l'inverse qui se produisit...

- J'aurais jamais dû lâcher le crâne, fit Gaston en se frottant tantôt l’œil, tantôt le sommet du crâne (le sien).

- Si petite et tant de dégâts, ricana Ernest en tenant la balle entre le pouce et l'index devant son oeil glauque.

- Oui, mais elle a parlé cette bastos ! Reste à retrouver l'arme et crois-moi, avec ce calibre exotique ça va aller assez vite, j'ai ma petite idée...


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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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Sap1
Ecrit le: lundi 15 octobre 2007, 22:53


Révolutionnaire piscicole


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Puis, continuant sur sa lancée, Chambier ajouta :

- Mais suis-moi plutôt, vieux gars, on va retourner chez mon neveu, qu'il te répète tout ce qu'il m'a dit. Tu sais, il a fait des études, il est allé dans les grandes villes et tout. Je crois même qu'il a travaillé un temps à Bourac.

- Ah quand même, fit Ernest réellement impressionné qu'un marcepoulairois puisse joindre et travailler dans des villes si renommées, qui avaient même leur équipe de foot en troisième division...

- Je te le dis ! renchérit l'oncle fier de son neveu. Allez viens, grimpe sur mon vélocipède, pas de raison d'attendre, on y monte tout de suite.

Ce qui suivit aurait eu sa place dans les chroniques comiques de la Gazette du Grimouillirois si son unique reporter n'avait pas été en train de couvrir en même temps qu'il le découvrait le concours annuel du plus gros tubercule de Piqueton-lez-Genêts.

Tout d'abord, Chambier, apparemment décidé à repartir tel qu'il était arrivé, enfourcha son vélo dans une précipitation telle qu'il envoya son pied dans le nez de son ami, ce qui fut sans doute un coup dans le nez de trop pour le larron qui fut happé par les lois de Newton en un point où la gravité devait être particulièrement forte : le caniveau. Trop pressé pour s'en apercevoir, Chambier partit vers la côte qu'il avait descendue quelques minutes plus tôt, mais fut lui aussi rappelé à l'ordre par la gravité, et dut rapidement se mettre en danseuse pour ne pas partir à reculons. Sur ces entrefaites, le guignol imbibé au Guignolet se mit à la suite de son compère - dire à la poursuite aurait été quelque peu exagéré - faisant autant de virages à pieds que Chambier en faisait à vélo, le tout dans un synchronisme parfait qui aurait pu faire croire à un numéro mis en scène.

Finalement, profitant lâchement d'une chute du cycliste à mi-parcours, le peloton rattrapa l'échappée, et décidèrent d’un commun accord qu'il était plus prudent et plus rapide de terminer la route à pied. C'est ainsi qu'ils arrivèrent chez le neveu après une marche aussi fatigante que dégrisante. Après une brève pression sur le bouton de l'interphone ("T'as vu Ernest, on reconnaît ceux qui ont fait des études...") et un beuglement dans le microphone haut-parleur qu'il contenait, les deux hommes furent autorisés à rentrer dans la riche demeure de celui qui allait peut-être leur dévoiler qui était l'odieux criminel bovicide...

- Ahhh, tonton, te voilà déjà revenu ? Entrez, entrez.

- Oui, Robert. Répète un peu à mon copain ce que tu m'as dit à propos de la balle.

- Ohhh, ça ? fit-il avec un ton faussement modeste, ce n'est pas grand chose tu sais, c'est juste un peu de culture et de science. Voyez-vous messieurs, commença-t-il comme faisant un cours de balistique à des nouvelles recrues des forces spéciales, cette balle que vous avez retrouvée dans le corps de la victime nous apporte une foule d'informations. Tout d'abord concernant l’arme du crime. Il s'agit d'une balle (il s'arma d'un pied à coulisse impeccablement entretenu) de 7,92 mm de diamètre, bi-ogivale pointue, recouverte d'une chemise en acier... (portant le doigt sur la balle puis à sa bouche)... de tombac, pesant ... (il la pose sur une balance électronique)... 10,9 g, ce qui, compte-tenu de la corrosion depuis le temps présumé où fut tiré le projectile, lequel nous est donné par la coupure de journal que vous m'avez apportée en date du 15 juillet 1998, nous fait un poids initial de ... (faisant mine de pianoter des chiffres compliqués sur une calculatrice qui ne l'était pas moins)... 12,8 g. Or, ces caractéristiques sont le standard des balles utilisées par les armes allemandes de type Mauser au début du siècle dernier. De plus, comme l'anneau d'amorçage est noir, on peut très facilement en conclure qu'elle fut fabriquée avant 1930…

Les deux ivrognes se regardèrent un instant, médusés devant le charisme scientifique que dégageait leur hôte.

- Concernant le tir, poursuivit le "sergent instructeur" en feignant de ne pas tenir compte de cette admiration soudaine de la part de ses élèves, le diamètre du trou d'entrée dans l'os frontal de la victime fait 8,01 mm de diamètre, et la marque d'impact sur le bord ventral de l'os occipital est profonde de 1,4 mm, ce qui nous fait une force estimée de ... (faisant mine de réfléchir à voix haute sur sa calculatrice) ... si l’on considère que le coefficient de ralentissement de la masse cérébrale est négligeable devant la vitesse c du projectile ... donc ... mmmm virgule cinq Newtons ... soit une distance de tir estimée avec ce type d'arme à ... (revenant à sa calculatrice une dernière fois) ... 137,78 mètres ! Je pense en toute rigueur qu'avec mes approximations successives, il est quand même plus prudent de retenir la valeur de 137,8 mètres... Point trop n'en faut, ajouta-t-il avec un sourire affiché.

Les deux papis, la bouche bée, ne trouvaient rien à redire devant ce miracle de science et de technologie. Comme ils essayaient d'ingurgiter, à grand peine, la masse des renseignements qui venait de leur être balancée, et que leur promenade à pied pour venir ici les avait fait arriver à une heure déjà bien avancée dans l'après-midi, Hélène anciennement Hibard leur proposa de rester pour le souper. Mais, plus désireux de partir afin d'ourdir la suite de leur plan que par réelle politesse, Ernest répondit :

- Non, non, on vous remercie bien, mais on voit que vous avez déjà pas mal d'enfants à manger ce soir.

- Oh non, vous pensez, ce ne sont que mes deux fils Alex, Pierre et leur amie Amy...

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

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castafiore
Ecrit le: lundi 15 octobre 2007, 22:54


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Quinze jours plus tard rebelote. Devant la chapelle Sainte Fénestrine on s'occupait de choses autrement plus sérieuses. La 100 000ème ciste reposait toujours dans sa cache et les cisteurs les plus émérites avaient à nouveau loué le gîte. Quinze jours plus tôt c'était pour les bleus, là les grands pontes s'attaquaient à plus dur. La 100 000ème était cachée à Saint Marcelin mais où ? Tous l'ignoraient encore car on butait sur un code mystérieux qui n'avait à ce jour jamais été décrypté. Dans le jargon cisteur on l'appelait le code Barre et celui qui en ferait sauter la clé gagnerait gros.

Jean-Luc était de l'aventure et assis sur une pierre il cogitait ferme. S'il fallait rester un mois il resterait. Il y avait aussi Sénèque, chasseur de l'Oise, Clytemnestre, grande prêtresse des Côtes-d'Armor, Gégène, berger Allemand, Laura du 93 et 5 autres qui fouillaient dans leur crâne pour faire germer l'ébauche d'une idée.

L'énigme était si absconse qu'elle en donnait le tournis.

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La marquise demanda sa voiture et se mit au lit.
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David GILLE
Ecrit le: lundi 15 octobre 2007, 23:10


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Ils cherchèrent à briser le code pendant deux jours, à s'en donner des migraines. Mais il résistait. Le texte de l'énigme semblait être composé de vrais mots, mais ces mots ne ressemblaient à rien de connu, sinon à des grognements de phacochère en rut lorsqu'on les lisait à haute voix.

- Je renonce ! fit Clytemnestre. Je suis épuisée.

C'est alors que Poincho, un Cisteur étudiant d'une école de commerce, remarqua quelque chose.

- Regardez ce mot, "Inuktitut"...

- A tes souhaits ! fit Jean-Luc.

- Non, je suis sérieux. Ca me dit quelque chose, j'ai déjà vu ce mot quelque part... Quelqu'un a un dico ?

- Oui, mais pas un dico de serbo-croate, j'ai juste un Larousse ! rigola Sénèque.

Poincho feuilleta l'ouvrage et poussa un cri de triomphe :

- Je le savais ! Je le savais !

- Quoi ? firent les autres en choeur.

- L'inuktitut est la langue parlée par les Esquimaux ! Et comment s'appelle la ciste N° 100 000, je vous le demande ?... "La ciste du 1er avril" !

- Et alors ? fit JPK651296B, un Cisteur essonnien qui aimait les choses simples. C'est bien pour ça qu'on a cherché autour de l'idée des poissons d'avril. On n'a rien trouvé, si ce n'est qu'il existait déjà une ciste qui avait pour thème le 1er avril : la N°264. Elle est complètement naze.

- Le 1er avril 1999 fut créé l'état du Nunavut. C'est la patrie des Inuits, c'est-à-dire des Esquimaux ! répondit Poincho.

- Ca voudrait dire que l'énigme est écrite en inuk... inakmachin ? Mais alors, qui va nous traduire ça ?

- L'ambassade du Canada !

Poincho appela le 118 218 (parce qu'il aimait bien les deux idiots qui en faisaient la pub à la télé) et obtint le numéro de l'ambassade du Canada. On lui passa une secrétaire, l'assistante de l'attaché culturel, puis l'attaché culturel lui-même, lequel lui demanda de rappeler dans une heure. Poincho insista, et on lui passa la secrétaire aux affaires inuites, l'assistante de l'attaché aux affaires inuites, l'attaché aux affaires inuites lui-même (mais il était d'origine alsacienne, et ne parlait pas un mot d'inuktitut), et enfin le Directeur des affaires inuites, Monsieur Rock Haroun-Zeclock. Ce dernier demanda à Poincho de faire sa demande par écrit, après avoir rempli un formulaire à venir chercher à l'ambassade, et de renvoyer le tout par lettre recommandée avec accusé de réception. Poincho insista, et Monsieur Rock Haroun-Zeclock accepta de lui répondre. Poincho lut le texte de l'énigme.

- Votre accent est effroyable, Monsieur Poincho. Mais bon, voilà ce que ça veut dire. Vous avez de quoi noter ?

Poincho nota, et raccrocha.

- Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont autrement plus efficaces que l'administration française ! commenta Poincho.

- Alors, qu'est-ce qu'il a dit ? demandèrent les Cisteurs réunis autour de lui. Poincho lut :

- "Cherchez à 100 pas à droite de la chapelle, sous la corniche rocailleuse".

Aussitôt dit, aussitôt fait : ils foncèrent et se retrouvèrent une heure plus tard devant la seule chapelle isolée de la région, la chapelle St Fenestrine. Mais des "corniches rocailleuses", il y en avait partout. Les Cisteurs se partagèrent en trois groupes, et commencèrent à fouiller. Dix minutes plus tard, la ciste fut trouvée par l'équipe de Laura. Elle contenait des bijoux précieux en forme d'ours, de phoques, de baleines, tous objets en rapport avec le Nunavut. Ils effectuèrent leurs échanges et remirent la ciste à sa place. C'est alors qu'un cri jaillit un peu plus loin. C'était Humphrey Peursconla, un jeune Cisteur de l'Oise :

- Regardez ce que j'ai trouvé sous cette roche !

Il tenait un objet oblong, enveloppé dans une bâche imperméable, raidie, mais bien ficelée.

- On dirait un fusil, fit Jacques Ostlapute, un Cisteur bourguignon. Ouvre le paquet !

Effectivement, sous la bâche se trouvait un épais sac à gravats, lequel contenait une carabine généreusement graissée. L'arme avait l'air presque neuve.

Le groupe reprit le chemin du retour. Parvenu à proximité du gîte, ils tombèrent sur Pichon et Chambier. Jean-Luc étant le seul à les connaître, fit les présentations. C'est alors que les yeux de Chambier se posèrent sur la carabine :

- Tiens, qu'est-ce que c'est que ça ? Faites voir...

- On l'a trouvé près de la chapelle, expliqua Judas Brico, un Cisteur du Dauphiné.

Chambier qui venait de passer plusieurs jours à se documenter sur les armes, examina la carabine, et, d'un ton d'expert à qui on ne la fait pas, dit :

- C'est une pièce exceptionnelle, un Nimay-Palamain Modèle 1928, série AB83-B, à culasse compensée et introduction par contre-bitard dévissant et percuteur à molive sans recul, tube en titane-nickel durci à l'antimoine dénaturé et trempage dans l'azote liquide, calibre 7,92. Un calibre devenu très rare, utilisé surtout avant 1930...

- Calibre 7,92 ?... fit Pichon. Ca ne te dit rien ?

- Bon sang... Tu crois que...

- Affirmatif, l'ancien. Je crois que l'avant-dernière personne qui a posé ses yeux sur cette pétoire, c'était Clarabelle. Et le dernier, c'est celui qui l'a enterrée !

- On emporte cette arme. C'est une pièce à conviction. On a une enquête à mener...

Mais... firent les Cisteurs. Gégène, le berger allemand, se mit à aboyer.

- Y a pas de mais. C'est comme ça, pas autrement. Si vous insistez, on ouvre la boîte à claques !

Les Cisteurs n'insistèrent pas. Les deux vieux disparurent, emportant la carabine.

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David GILLE
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 01:37


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L'enquête commença.

Première étape, le Père Manganate, curé du village. Chambier alla lui rendre visite.

- Bonjour Monsieur le curé.

- Bonjour, Monsieur Chambier. Ravi de vous voir... Parce que, pour ce qui est de la messe, vous vous faites rare... Que puis-je pour vous ?

- Monsieur le curé, est-ce que quelqu'un vous aurait confessé l'assassinat de ma vache Clarabelle ?

- Mais... vous n'y pensez pas, mon fils ! Le secret de la confession !...

- Ecoute, Albert, on arrête le vouvoiement ! J'étais à l'école primaire avec ton père, et c'est moi qui t'ai appris à poser des collets avant que tu ne partes au Séminaire ! Alors accouche !

- Pas question. Le secret de la confession ne peut pas être trahi.

- Bon... mais est-ce que tu connaîtrais quelqu'un, dans le pays, qui aurait possédé un Nimay-Palamain Modèle 1928, série AB83-B ?

- Le modèle à culasse compensée et introduction par contre-bitard dévissant et percuteur à molive sans recul, tube en titane-nickel durci à l'antimoine dénaturé et trempage dans l'azote liquide, calibre 7,92 ? demanda le Père Manganate.

- Celui-là même.

- C'est un calibre devenu très rare. Utilisé surtout avant 1930...

- Je ne te le fais pas dire, Albert. Alors ?...

- Il me semble qu'Isidore Lapilule en avait un. Mais je crois qu'il l'a revendu...

- A qui ?

- Je n'en sais rien. Va lui demander.

- Merci, Monsieur le curé.

- De rien, mon fils. Et n'oubliez pas de venir assister à la messe dimanche prochain.

Chambier grommela quelque chose et quitta la sacristie. Il fonça rejoindre Ernest au "New Deux Piliers".

Les deux compères décidèrent d'attendre le soir pour aller interroger Isidore Lapilule à son domicile. L'animal étant sourd comme un pot, ça n'apportait rien d'aller lui poser des questions alors qu'il était sur son tracteur, sinon une extinction de voix.

Ils passèrent la matinée à écluser des godets et à jouer aux cartes, saines activités qui ne furent interrompues que par le repas de midi, puis reprirent à 14 H.

A 18 H, ils prirent le chemin de la ferme des Lapilule.

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David GILLE
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 10:20


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Pichon frappa à la porte, laquelle s'ouvrit (puisque c'était son destin). Isidore Lapilule les accueillit :

- Tiens, bonjour Gaston, bonjour Ernest !

- On peut entrer ? demanda Pichon.

- Quoi ?

- On peut entrer ?

- Quoi ?

- On croit rêver !... ON PEUT ENTRER ???

- Désolé, je ne comprends pas un mot de ce que vous dites... Mais entrez donc.

Ils s'installèrent à la table, et Lapilule leur versa la goutte. Puis il s'assit face à eux, les deux mains en éventail derrière ses oreilles.

Chambier commença :

- Dites, Isidore, vous aviez bien un Nimay-Palamain Modèle 1928 ?...

- Vrai. Mais je l'ai vendu.

- A qui ?

- A Jean-Philémon Nimpair, le fils de l'ancien charron.

- Quand ça ?

- Vers les années 1985 - 86, par là... Mais pourquoi que vous me demandez ça ?

Chambier répondit :

- Parce qu'on pense que ma vache Clarabelle a été tuée avec cette arme...

- Pas possible ? fit Lapilule. Mais ça m'étonnerait que le fils Nimpair soit capable d'une crapulerie pareille. C'est un bon gars.

- Et où on peut le trouver, Jean-Philémon ?

Lapilule se tourna vers son épouse, présentement occupée à éplucher des patates :

- Hé, la mère ! Tu saurais pas où se trouve le fils Nimpair à c' tte heure, des fois ?

Sans lever la tête, elle répondit :

- Moi, tu me connais, l'Isidore : je ne me mêle pas de la vie des autres. Mais je crois qu'il s'est installé à Piqueton-lez-Genêts. Il a ouvert un commerce de cycles, au 13 Impasse Vincent Delerme. Il fricote avec Mella, la fille de Line et Luc Table, qui travaillent tous les deux à la perception. La semaine dernière, il a gagné 232 Euros au Loto, et mercredi prochain, il doit amener sa chienne chez le vétérinaire pour la faire vacciner. Le 23 novembre, il aura 47 ans. J'en sais pas beaucoup plus, sinon qu'il conduit une Golf, immatriculée 2311 BR...

- Ca va, ça va ! l'interrompit Isidore.

Chambier et Pichon se levèrent et prirent congé.

Sur le chemin du retour, Chambier tira des conclusions extrêmement fines de la situation :

- Tu sais quoi, Ernest ?

- Non...

- Le coupable ne peut pas être Lapilule puisqu'il a vendu sa pétoire plus de dix ans avant le crime.

- Bien observé, vieux gars.

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Sap1
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 12:05


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Un nouveau problème se posait pour les deux enquêteurs improvisés : comment rallier Piqueton-lez-Genêts ? Le village se trouvait à 11 kilomètres de là en direction du Nord-Est, et leurs rhumatismes les tiraillaient affreusement depuis leur promenade nocturne avec les cisteurs, raison pour laquelle ils ingurgitaient encore plus d'alcool qu'à l'accoutumée, s'étant mutuellement persuadés que le vin calmait tous les maux ("Boire 2 verres de vin rouge par jour est bon à la santé qu'il parait. Comme on est particulièrement malades, je suis d'avis que deux verres ne suffiront pas..."). Ces kilomètres de marche à pied ne promettaient rien de bon, et leur dernière expérience cycliste n'était guère plus encourageante.

Il y avait bien le bus qui faisait la liaison entre Bourac et Maillezain-le-Haut, mais Gaston Chambier s'était promis de ne plus y remonter depuis la fois où Alphonse Adeussant l'avait fait descendre de force et abusivement sous le prétexte fallacieux qu'il crachait les résidus de sa chique à l'intérieur du véhicule, et Ernest était bien trop sage (...) pour y faire monter son ami de la même façon qu'il en avait été descendu 11 ans plus tôt.

Etant donné qu'aucune ligne aérienne n'avait encore établi de vols réguliers entre Saint Marcelin-sur-Poulaire et Piqueton-lez-Genêts - Ernest afficha un sourire discret en pensant aux paroles de Renaud "On est mal desservi dans c'quartier nom de nom" - et que la Poulaire n'était plus navigable depuis la tempête de 1999 qui avait abattu un grand nombre d'arbres en travers du cours d'eau (et que de toute façon, elle ne passait pas par Piqueton-lez-Genêts...), ne restait plus que la voiture.

- Mais au fait, Ernest, t'avais pas une DS dans le temps ?

- Si fait mon vieux gars ! Même que je l'ai toujours, bien rangée dans mon garage.

- Aïe...

Chambier n'avait pas voulu exprimer son inquiétude à voix haute, mais, comme à l'accoutumée, sa parole fut plus rapide que sa pensée.

- Pourquoi ça, "aïe" ? Qu'est-ce que t'entends par "aïe" ?

- Rien de mal, l'Ernest, t'énerve pas. C'est juste que comme tu en parles, j'imagine qu'elle a pas roulé depuis des lustres.

- Ah ça, effectivement... Même que pour la faire redémarrer, ça va être une autre paire de manches. Je crois bien qu'il me reste quand même un ou deux bidons d'essence, si je m'en suis pas servi pour foutre le feu au premier gîte qu'ils ont construit à côté de chez toi.

- Ah oui c'est vrai, j'avais oublié ce truc là. Ils ont quand même attendu 7 ans avant d'en reconstruire un autre.

- Oui, sauf que celui-là, ils nous l'ont fait en pierres, avec quasiment rien qui crame...

- Les vaches... compléta Chambier dans un soupir. Bon enfin c'est bien gentil, mais ça nous dit pas comment on va aller alpaguer le criminel de ma vache. Commençons par jeter un coup d’œil à ta Citroën, on verra après comment on peut foutre le feu à un tas de pierres...

Un peu plus tard, après s'être goulûment rincés la glotte aux "New Deux Piliers" de la poussière qu'ils allaient bientôt respirer - à moins que ce ne soit à nouveau pour leurs rhumatismes - Ernest souleva un rideau de toile tiré à la hâte au milieu du bâtiment lors du déménagement du bar.

- Je croyais que tu avais parlé d'un garage... s'étonna Chambier.

- Oui, garage, grange, c'est pareil. C'est là que je range mes biens les plus précieux : d'abord ma vache, ensuite ma DS, et en tout dernier ma...

- Ernest ! le coupa justement la chute annoncée de son trait d'esprit, qu'est ce que tu fouines encore dans la grange ?

- Mais rien, j'essaie juste de voir si ma ... heu ... notre voiture roule encore.

- Pffff, fit la chère et tendre d'un ton à peine plus méprisant qu'à son habitude, je crois bien que la dernière fois qu'elle a roulé, c'était pour notre voyage de noces à Villeneuve-les-Alouettes.

Qu'elle fut satisfaite ou non de se remémorer ces heures de bonheur incommensurable dans la vie d'une femme, elle n'en retourna pas moins à ses nombreuses tâches ménagères qui l'attendaient à l'intérieur de la maison.

- Bon, l'Ernest, un petit dernier et on s'y jette ?

Et finissant d'une traite le fond de la bouteille de Mas de Grouze qu'ils avaient ouverte pour l'occasion, ils se mirent en devoir de vérifier le bon fonctionnement de l'engin.

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Sap1
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 20:38


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Dans les heures qui suivirent, le paisible village de Saint Marcelin-sur-Poulaire résonna de coups de marteaux, de tours de clés, de bruits d'aspirateurs, de sons de moteurs qui refusent de démarrer, et de tous les jurons (oubliés depuis déjà plusieurs générations) auxquels ce genre d'activités ne manque jamais d'être associé. Ce n'est finalement qu'à la nuit tombante que les Marcepoulairois eurent le plaisir d'entendre le chant d'un moteur dont les ratés se faisaient assez occasionnels pour annoncer leur tranquillité à venir en même temps qu'allait s'achever cette cacophonie mécanique.

La nuit tombant, les deux hommes furent d'avis de ne pas reprendre de cours de conduite dans la foulée de leurs efforts, mais de laisser le soin au repas préparé par Yolande Pichon et à la nuit qui suivit de leur porter conseil.

Au petit matin, avant même que le coq ne se soit mis en devoir de chanter cette belle journée qui s'annonçait, toute la Rue de la Paix avait été réveillée par le son pétaradant du moteur d'une voiture qui n'avait pas roulé depuis des dizaines d'années.

- Bon, qui prend le volant ? lança Ernest en espérant que son ami comprendrait le message.

Mais celui-ci ne répondit rien et, baissant imperceptiblement la tête, commença à sombrer dans des pensées aussi anciennes que sombres.

- Ah oui, c'est vrai mon vieux gars, excuse moi, j'avais oublié.

Ernest venait de se rappeler, mais trop tard, que Gaston Chambier n'avait pas voulu reprendre le volant depuis l'accident de voiture qui avait coûté la vie à sa femme, 43 ans plus tôt. C'est lui qui était au volant ce jour là et, alors qu'un camion empiétait sur la ligne blanche dans ce virage dangereux sur la route descendant vers Grimouillis-sur-Orge, il avait fait un écart qui avait propulsé sa traction-avant contre un arbre en contrebas, tuant Amélie Chambier sur le coup.

- Bon allez, j'ai compris, j'insiste pas, c'est moi qui picole... qui m'y colle, je veux dire.

Cependant qu'ils s'installaient à l'avant de la DS remise autant que possible à neuf, le conducteur désigné s'inquiétait de savoir s'il allait se rappeler comment se conduisent ces engins là.

- C'est comme le vélo, ça s'oublie pas !

Ernest se rappelait pour sa part très bien avoir jeté son vélo aux ordures après s'être cassé le poignet et le coude alors que la chaussée était humide, il y avait déjà plusieurs décennies de cela...

Etonnamment pourtant, les habitudes et réflexes du conducteur lui revinrent assez facilement. Les premiers passages de vitesses furent particulièrement chaotiques, tant à cause du conducteur que de la boîte de vitesses, probablement aussi rouillés l'un que l'autre, mais la DS filait bon train alors que la flèche du compteur pointait fièrement le chiffre 25, écrit en caractères assez gros pour occuper la moitié du tableau de bord. Comme ils atteignirent, 18 minutes plus tard, la sortie nord du village en direction de Piqueton-lez-Genêts, Pichon désigna le bas-côté au niveau du croisement :

- T'as vu, c'est là qu'ils nous ont récupérés, il y a 60 ans.

- Ah oui, tiens, c'est vrai ça ? Qu'est ce qu'elle devient la Josy ?

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David GILLE
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 21:18


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Chapitre 7


La Josy, ce furoncle ?... Elle a passé douze heures à la gendarmerie ! rigola Pichon. J'espère qu'elle aura compris la leçon.

- Bien fait pour ses miches !... Qu'est-ce qu'on s'est marré, hein !

- Pour s'être marré, on s'est marré !... Mais on s'est aussi usé les pieds à parcourir tous ces kilomètres de nuit, dans l'humidité, pour poser nos bombes. Rien que d'y penser, j'ai mes hémorroïdes qui me reprennent. On est quand même mieux dans la bagnole, non ?

- Mais dis voir, vieux gars, tu es assuré ? demanda Chambier.

- Assuré ? Tu rigoles ?... C'est bon pour les gens de la ville, ça !

Les deux compères décidèrent de se faire la main en sillonnant les petites routes où ils étaient sûrs de ne pas trouver de gendarmes embusqués. L'expédition chez Jean-Philémon Nimpair aurait lieu le lendemain.

- Dis donc, fit Chambier, je pense à un truc. Tu sais quel jour nous sommes ? Cette nuit, ce sera la Nuit des Grisoulines. Tu as intérêt à enfermer ta voiture à double tour !

- Ah merde, la Nuit des Grisoulines ! J'avais oublié !

Chambier et Pichon gardaient des souvenirs cuisants de la nuit des Grisoulines.

Jadis, durant cette nuit du mois de septembre régnaient les loups-garous et les incubes, ces démons qui entraient dans les chambres des jeunes filles du Grimouillirois pour leur faire l'amour. Jusqu'au 19ème siècle, toute fille qui, au matin, racontait avoir été séduite par un incube pendant son sommeil, ne pouvait être répudiée par sa famille si elle tombait enceinte. On appelait ces filles des "Grisoulines". Cette tradition, très pratique pour justifier les conséquences de quelque ébat dans le foin avec un garçon de ferme qui avait pris ses jambes à son cou en apprenant son prochain état de père, s'était malheureusement éteinte au 20ème siècle. Elle avait été remplacée par une tradition bien moins sympathique, une tradition qui, cette nuit-là, autorisait tous les dérapages.

Chaque année, à la même époque, Chambier et Pichon ne décoléraient pas. Car chaque année, au réveil, c'était la même chose : ils découvraient les dégâts que les jeunes de la région avaient infligés dans la nuit aux biens d'autrui. Et "autrui", c'était principalement Pichon et Chambier, dont la réputation de soupes au lait avait largement dépassé les limites du canton.

Mais les coupables n'étaient pas originaires de St Marcelin. En effet, personne n'ignorait que la capacité de nuisance des deux compères était illimitée, et aucun Marcepoulairois ne se serait risqué à les défier. Il était donc facile d'en déduire que le commando Halloween venait d'ailleurs, à l'instar de ces franc-tireurs qui vont attaquer les troupes dans le canton voisin afin que les éventuelles représailles s'exercent sur des inconnus dont ils n'ont rien à foutre, plutôt que sur leur propre famille (ce qui, somme toute, est assez humain). En fait, le commando Halloween venaient du bourg, et particulièrement de la cité Gaspard Alisant. Depuis quelques années, ils avaient pris Chambier et Pichon pour cibles privilégiées.

Ce matin-là, au réveil, lorsque Chambier voulut faire du feu dans sa cheminée, la fumée envahit toute la pièce. Il comprit immédiatement : ces jeunes imbéciles étaient monté sur son toit et avaient bourré le conduit avec de la paille humide. Ce n'était pas la première fois.

Pichon, quant à lui, eu droit à un empilage, devant sa porte, de brouettes et charrettes que ces vandales avaient récoltées partout dans le village. Il y en avait des tonnes. Ernest n'avait rien entendu, et pourtant, il s'était tenu prêt, son fusil chargé de gros sel, pendant une bonne partie de la nuit. Il confia à Yolande la mission de débarrasser le fourbi, sauta par la fenêtre de la cuisine, alla vérifier si la voiture était intacte (elle l'était) et se rendit chez Chambier.

Il le trouva en train de se masser l'arrière-train à l'aide d'une pâte noire faite de fourmis cuites dans du saindoux, préparation qui soignait les courbatures et les hématomes; et qui lui venait de son arrière-arrière-grand-mère, c'est-à-dire en droite ligne du Haut Moyen-âge.

- Qu'est-ce qui t'arrive, vieux gars ?

- Il m'arrive que ces jeunes cons ont bouché ma cheminée avec de la paille. Je suis monté sur le toit pour la déboucher, mais j'ai vu trop tard qu'ils avaient badigeonné les tuiles avec du savon. J'ai glissé et j'ai dégringolé du toit sur les cages à lapins neuves que je venais de terminer, et que je devais livrer la semaine prochaine à Nestor Vénissien. Va falloir que je passe chez Louis pour acheter du bois et du grillage, et réparer tout ça... Ah si je les tenais, ces petits merdeux !

- Je t'accompagne.

Après s'être sustentés de quelques tartines de camembert trempées dans le café au lait, puis avoir épongé une bouteille de Riesling pour se lisser la glotte, Gaston Chambier et Ernest Pichon se rendirent à la quincaillerie. Chambier y acheta une planche de marronnier longue de quatre mètres, et du grillage. Il chargea la planche sur son épaule et confia le rouleau de grillage à Pichon.

Arrivés place du marché, ils "les" virent. Il s'agissait sûrement du commando Halloween de cette nuit : quatre voyous, qui arrivaient dans leur direction en rigolant bruyamment. Vêtus d'un blouson à capuche, d'un pantalon de survet' et de Nike tombées d'un camion, ils marchaient tous de la même façon, pointes des pieds tournés vars l'extérieur, balançant le tronc de gauche à droite. Sans doute pensaient-il qu'ils avaient l'air de durs, comme dans les westerns, et que cette démarche impressionnait les filles.

Chambier se tourna vers Pichon :

- Marche derrière moi, puis quand ces petites crapules seront à deux mètres, appelle-moi.

- Ca va, vieux gars : j'ai compris où tu voulais en venir ! rigola Pichon.

Lorsqu'ils furent à bonne distance, Pichon s'exécuta :

- Hé, Gaston !

Chambier se retourna. Dans son dos, l'extrémité de la planche, décrivant un large arc de cercle, heurta trois des voyous à la volée et les expédia cul par-dessus tête. Quelques dents giclèrent. Avec un art consommé de la comédie et une hypocrisie admirable, Chambier se tourna vers eux et fit :

- Seigneur, suis-je maladroit !... Pas vrai, Ernest ?

Il se retourna vers Pichon, ce qui eut pour effet de heurter le quatrième voyou à l'arête du nez, stoppant net le flot de "Bouffon" et "De ta race" qu'il était en train d'éructer. Il s'effondra comme un paquet de linge sale et rejoignit ses copains dans le caniveau, tous ses clignotants au rouge.

- Pour sûr, mon cadet, tu es empoté comme c'est pas permis ! rigola Pichon.

Chambier se pencha vers les quatre corps inertes et lâcha :

- Mon Dieu, mon Dieu !... Pourrez-vous un jour me pardonner ?

Il posa sa planche sur le trottoir, puis, avec l'aide de son compère, il entreprit de remettre les gamins sur pied en les attrapant sous les aisselles. Bien entendu, il en profita pour les pincer cruellement à hauteur des tétons. Mais les quatre voyous firent preuve de réticence à reprendre la position verticale, et il les laissa lourdement retomber.

En ramassant sa planche, Chambier dit :

- Bon, en route. On dépose ce fourbi chez moi et on fonce à Piqueton-lez-Genêts, pour faire la connaissance de Jean-Philémon Nimpair.

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king
Ecrit le: mardi 16 octobre 2007, 22:01


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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Bon mais qu'est ce que tu fabriques vieux singe ? Ils ont leur compte !

- Trente deux et trente deux, ça fait soixante quatre, soixante quatre et soixante quatre, ça fait
cent vingt huit, moins dix, ça fait cent dix huit ! Cent dix huit ... deux cents dix huit se mit à fredonner l'ancêtre en mettant les dents ramassées sur la chaussée dans son mouchoir. Le compte est bon maintenant ! Pas de preuves pas d’emmerdes, et puis ils pourront toujours dire que j'ai une dent contre eux, dit-il en rejoignant l'autre qui courait avec la planche.
- Stop ! s'écria-t-il en arrivant à sa hauteur en sortant son couteau, avec lequel il se mit à entailler fébrilement la planche, en tirant une langue de tous les diables, sous l’œil éberlué de son comparse ...Et de onze ! dit-il en exhibant fièrement une dent en or ; celle là c'est des canons pour une semaine !

- Allez Charles magne-toi, ça se réveille derrière, on se replie ! Mais qu'est-ce que tu vas faire des autres dents ?

- Les donner à mes poules, fit l'ivrogne en montrant un sourire vainqueur.

- Quel con ! Je vais en pisser dans mes braies !


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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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woodpecker
Ecrit le: mercredi 17 octobre 2007, 07:03


Révolutionnaire piscicole


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- Toute façon, à l'odeur que tu te trimbales, ça changera pas grand chose marmonna son compère.......

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