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MYSTERE DANS LES LABOURS, Un roman à 1000 mains
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David GILLE
Ecrit le: mercredi 17 octobre 2007, 10:50


Dieu de Cistes.net Membre du CRAB


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Une fois la planche et le grillage rangés dans la remise de Chambier, Pichon sortit la DS et ils prirent la direction de Piqueton-lez-Genêts.

A l'allure où ils roulèrent, il leur fallut une bonne demi-heure pour faire le trajet. Pichon gara la voiture à cheval sur le trottoir de l'impasse Vincent Delerme, et ils rendirent visite à Jean-Philémon Nimpair.

- Bonjour Messieurs ! fit-il lorsqu'ils passèrent la porte. Toutefois, un petit air de déception s'inscrivit sur ses traits lorsqu'il réalisa qu'il n'allait certainement pas vendre deux VTT à ces vieux croûtons. Mais quand les deux compères s'approchèrent, il les reconnut :

- Oh, Monsieur Chambier et Monsieur Pichon !... Ca me fait plaisir de vous voir. Ca faisait un bail !

- Vous êtes bien Jean-Philémon Nimpair, le fils d'Otton Nimpair, l'ancien charron de St Marcelin ? demanda Pichon.

- En effet. Que puis-je faire pour vous ?

- Juste un petit renseignement : vous aviez bien une carabine Nimay-Palamain Modèle 1928, calibre 7,92 ?...

- Oui, en effet.

- Qu'en avez-vous fait ?

- Je l'ai échangée en 1989 contre un demi cochon avec le patron de la boucherie de St Marcelin...

- Le boucher Alemery ?... C'est donc lui qui l'avait à partir de 1989 ?

- Ben oui... Mais pourquoi toutes ces questions ?

Pichon et Chambier se fendirent d'une nouvelle explication concernant le triste sort de Clarabelle. Jean-Philémon Nimpair commenta :

- Oui, j'ai lu ça dans la Gazette. Je me demande quel abruti a bien pu faire une chose pareille. C'est une honte !

Les deux compères retournèrent à la voiture. Pichon prit le volant. Chambier, resté sur le trottoir, le guida pour sortir en marche arrière de l'Impasse Vincent Delerm. Cette manoeuvre exigea dix bonnes minutes et bien des efforts à Pichon. Mais une fois dans l'axe, il accéléra trop fort, traversa en marche arrière la rue Zinedine Zidane et enfila l'Impasse Moilsel, renversant quelques poubelles au passage. Ayant enfin retrouvé la marche avant, il fit monter Chambier et ils prirent la direction de St Marcelin.



- Oui, c'est exact, fit Alemery en essuyant ses mains ensanglantées sur son tablier. J'ai en effet troqué cette carabine en 1989 contre un demi cochon avec le fils Nimpair.

- Et que lui est-il arrivé ? demanda Gaston.

- Je crois qu'il s'est installé comme marchand de cycles à Piqueton...

- Non, pas le fils Nimpair : la carabine !

- Ah, pardon... Ben je l'ai revendue six mois plus tard à Omar Chécouver.

- L'épicier ?

- L'épicier.



Lorsque Chambier et Pichon firent irruption dans l'épicerie, ils furent accueillis avec une chaleur toute orientale :

- Ah, Monsieur Chambier ! Ah, Monsieur Pichon !... Quel plaisir de vous voir ! Ma parole, que je suis heureux que vous me fassiez l'honneur de visiter ma boutique ! Justement, je voudrais vous proposer un..

Chambier, qui, dans les propos de l'épicier, sentait poindre douze boîtes de couscous Garbit en promotion, l'interrompit :

- Dites, Omar, dans les années 89-90, vous aviez bien acheté une carabine Nimay-Palamain Modèle 1928, calibre 7,92 au patron de la boucherie ?

- C'est tout à fait vrai. Aussi vraie que l'affaire que je vous propose aujourd'hui. Tenez-vous bien : parce que c'est vous, je vous fais les quinze kilos de...

- Et ce flingue, qu'est-il devenu ?

- Mon arrière-boutique avait besoin d'être refaite. J'ai donc donné l'arme à Alonzo Lupanar, le maçon, pour lui payer son travail. C'est ce qui était convenu. J'ai même rajouté six bouteilles de Boulaouane.




- Monsieur Lupanar, vous vous souvenez avoir possédé un Nimay-Palamain Modèle 1928, calibre 7,92 ?

- Bien sûr que je m'en souviens : je l'ai utilisé pour tuer les rats qui s'amusaient à percer mes sacs de ciment. Pourquoi ?

- Qu'en avez-vous fait ?

- Je l'ai revendu en 1993 - pour un bon prix ! - à Maître Dugommier, qui collectionne les armes.

- L'ancien notaire ?

- Oui. Depuis qu'il est à la retraite, il s'est installé avec sa maîtresse à Tiquebeux. Une grande maison, à l'entrée du village.




Pichon et Chambier reprirent la route, cette fois en direction de Tiquebeux. La DS tenait vaillamment le cap.

- Ca va me faire plaisir de le revoir, ce cher vieux Dugommier !

- Moi aussi, répondit Chambier. Il m'a souvent donné de bons conseils. Mais franchement, je ne le vois pas assassiner Clarabelle.

- Moi non plus. Et pourtant, tu sais ce qu'on dit : "Notable, donc coupable"...

Lorsqu'ils sonnèrent à la porte de la somptueuse villa de Dugommier, une non moins somptueuse créature ouvrit la porte. Âgée d'une trentaine d'années, elle arborait un sourire éblouissant, une chevelure blonde qui captait la lumière du soleil et une paire de seins qui tentaient de percer le tissu de son chemisier. On entendait d'ailleurs gémir les boutons sous la pression.

- On croit rêver ! murmura Pichon, pendant que Chambier essuyait ses verres.

- Que puis-je faire pour vous, messieurs ?... susurra-t-elle.

- Dites à votre patron qu'on veut lui parler, ma cocotte ! répondit Chambier.

- Mon patron ?

- Maître Dugommier, quoi !

Elle se tourna vers l'intérieur de la maison et appela :

- Chéri, deux messieurs veulent te parler !

Dugommier arriva sur le palier. Presque aussi âgé que Pichon et Chambier, mais deux fois plus petit et voûté comme un pinacle de cathédrale, il les accueillit par un :

- Oh, mais qui voilà ?!... Ces chers Chambier et Pichon ! Quelle surprise ! Entrez donc !

Une bouteille de Porto plus tard, Ernest posa la question fatidique au sujet de la carabine Nimay-Palamain Modèle 1928, série AB83-B, à culasse compensée et introduction par contre-bitard dévissant, etc.

Dugommier le regarda, l'air ébahi :

- Mais... Monsieur Pichon, je ne comprends pas : c'est vous-même qui me l'avez achetée, en 1997 !!!

- Quoi ?... fit Chambier en se tournant vers son compère. C'est toi qui a tué Clarabelle ???

- Mais tu es devenu fou ?... Arrête de couper le cognac avec de l'eau ! Tu me crois capable de tuer ta vache ?

- Mais alors, qu'on m'explique ! brailla Chambier.

- J'ai effectivement acheté une carabine à Maître Dugommier en 1997, expliqua Pichon. Mais c'était pour te l'offrir, espèce d'andouille !!

- Je confirme, intervint Dugommier. Comme j'avais deux Nimay-Palamain, j'en ai vendu une à Monsieur Pichon, qui cherchait une carabine afin de vous en faire cadeau. C'est même moi qui vous l'ai apportée, quelques jours avant Noël, dans une belle housse en cuir ! Vous ne vous en souvenez pas ?

- Bien sûr que je m'en souviens ! fit Chambier. Mais je ne savais pas que c'était cette carabine-là ! Je ne m'intéresse aux armes que depuis quelques jours, moi ! Je ne l'ai pas reconnue !

- Mais qu'est-ce que tu en as fait, de ce flingue, vieille bête ? demanda Pichon.

- Ben, il doit être dans la remise, chez moi, là où je l'avais rangé...

- Ben je te parie qu'il n'y est plus !



Les deux compères foncèrent vers St Marcelin à 38 km/h de moyenne. Arrivés chez Chambier, ils se précipitèrent vers la remise : la carabine avait disparu. Sans doute volée en 1998...

- Ben merde alors, on me l'a piquée ! fit sobrement Chambier.

- Pas étonnant ! Pourquoi tu ne la fermes pas à clé, ta remise ?

- Ben pourquoi faire ? Je n'y range que des cochonneries.



Pichon et Chambier avaient besoin de se mettre les idées au clair, et pour ça, rien ne valait un tour au "New Deux Piliers". Ils commencèrent par une tournée de bière (pour la soif), puis une tournée de Cinzano (pour s'éclaircir la voix), suivie d'une tournée de Sancerre (pour stimuler leurs neurones).

- Bon... Ben nous voilà revenus au point de départ, mon cadet ! fit Pichon. Va falloir faire marcher la gamberge si on veut retrouver le meurtrier de ta vache !

Chambier se resservit un verre de Sancerre et l'avala d'un trait. Puis il dit :

- Tu te souviens, les locataires du gîte nous ont dit avoir découvert la pétoire enveloppée dans une bâche et un sac en plastique...

- Oui, et alors ?

- Tout à l'heure, Dugommier nous a affirmé que la carabine était dans une housse en cuir. Et effectivement, je me souviens très bien de cette housse.

- Alors, l'assassin a conservé la housse. Il faut la retrouver, c'est elle qui nous mènera à lui !

- Bien pensé, l'ancien ! Ne t'inquiète pas : on la trouvera !

Pour fêter ça, ils commandèrent la piste de dés et les trois bouteilles de Côtes-du-Rhône qui allaient avec. A 19 H, ils se séparèrent non sans avoir éclusé quatre pastis pour la route.

Ils rentrèrent à la maison.

Demain serait un autre jour.

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king
  Ecrit le: mercredi 17 octobre 2007, 19:48


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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David GILLE
Ecrit le: vendredi 19 octobre 2007, 10:02


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Le lendemain matin, Chambier et Pichon se retrouvèrent au "New deux Piliers" pour échanger leurs idées.

- Tu as une idée ?

- Non. Et toi ?

- Non.

Une fois leurs idées échangées, les deux compères restèrent silencieux, le coude sur la table, le menton reposant dans le creux de la main, soulevant leurs verres de Chablis d'un geste machinal, et surtout répétitif. Après un quart d'heure de cogitations entrecoupés de rots, Pichon s'exclama soudain :

- Ca y est, j'ai une idée qu'elle est bonne ! Tu sais que dans trois semaines, ce sera la fête des vendanges, et qu'à cette occasion, la mairie fait distribuer à St Marcelin et dans les patelins à l'entour un bulletin avec le programme des festivités...

- Oui, et alors ?

- Suis-moi. Tu vas comprendre.

Les deux compères sortirent du bistro. Pichon alla chercher sa brouette et ils se dirigèrent vers la mairie. Arrivés sur place, ils demandèrent à voir Germain Poileux, le maire.

- Germain, commença Pichon quand l'élu sortit de son antre, tu as bien l'intention de faire distribuer une réclame pour la fête des vendanges, comme chaque année, pas vrai ?

- Je vais bien, merci. Et vous ? Moi aussi, ça me fait plaisir de vous voir ! Vous disiez, Ernest ?...

- Les réclames pour la fête des vendanges...

- Oui, on va en faire distribuer.

- Eh bien, dit Pichon, on se propose de s'en occuper, Gaston et moi. C'est pour rendre service à la communauté.

Poileux les regarda d'un oeil dubitatif. Les deux compères n'avaient pas la réputation de se soucier du bien-être de leurs concitoyens. Mais après tout, eux ou quelqu'un d'autre...

- Bien, pourquoi pas ?... Allez voir Monique, au premier, et demandez qu'elle vous donne les cartons. Il y a 5000 prospectus à distribuer à St Marcelin et dans les environs. Bon courage !

Pichon et Chambier déposèrent les cartons de prospectus dans la brouette après avoir chassé une bande de mioches qui s'étaient installés dans l'engin, et qui s'égaillèrent en criant : "Chambier, fumier ! Pichon, cochon !". Poussant la brouette, les deux compères prirent le chemin du retour.

- Vas-tu enfin m'expliquer, Ernest ? fit Chambier.

- C'est simple. La housse du flingue a sûrement été conservée par le type qui a tué ta vache. Et s'il l'a conservée, c'est parce qu'il en avait besoin. Et s'il en avait besoin, c'est parce qu'il possède lui-même des fusils. Et s'il a des fusils, c'est que c'est un chasseur. Tu me suis ?

- Où ça ?

- Nulle part. Je voulais savoir si tu comprenais ma démonstration.

- Jusque là, oui. Mais je ne vois toujours pas ce que les prospectus viennent faire dans cette affaire !

- Réfléchis, vieux gars : toi et moi, on connaît tous les chasseurs de la région. On va établir une liste, et on ira les voir les uns après les autres sous prétexte de leur filer le programme de la fête des vendanges. Et une fois dans la place, on ouvre l'oeil. Je suis certain que la housse est chez l'un d'eux. Et si on trouve la housse, on tient l'assassin de Clarabelle !

- Brillant, mon cadet ! Tu es le meilleur !... Viens, que je te paie un godet !



Les deux compères commencèrent leurs visites chez les chasseurs dès la fin d'après-midi. Il y en avait trente-neuf sur leur liste. Ils attaquèrent d'abord ceux du village. A chaque visite, ils orientèrent la discussion sur les armes, et en profitèrent pour jeter un coup d'oeil dans les placards que leurs interlocuteurs ouvraient généreusement pour leur montrer leurs pétoires, en faisant fièrement claquer quelques culasses.

Pendant cinq soirs d'affilée, Chambier et Pichon passèrent ainsi de maison en maison, se résignant à renifler des relents de choux et d'encaustique, découvrant les incontournables téléviseurs coiffés de la photo du fils de la famille en uniforme de marin entre deux cocotiers tahitiens, ou brandissant fièrement un FAMAS sur fond de paysage bosniaque. Partout, les inévitables vaisseliers énormes en bois tourné et ciré; les photos des ancêtres sur les murs, les napperons sur les fauteuils, là où le crâne de leur occupant risquait d'entrer en contact avec le tissu. Partout, les mêmes vieilles grands-mères assises dans un coin, scrutant l'éternité d'un oeil éteint...

Lorsque la liste des trente-neuf Nemrods fut épuisée, Chambier balança les 4961 prospectus restants dans la Poulaire. Il fit le bilan.

- Ben le bilan va être vite fait : rien ! Pas de housse de Nimay-Palamain chez ces gens !

- Ouais, fit Pichon. Ca m'étonne... D'habitude, quand j'ai une idée pour faire avancer l'histoire, ça ne marche pas trop mal. Là, c'est zéro. Va falloir trouver autre chose.

Mais plus aucune autre idée ne se forma dans leurs cerveaux, lesquels baignaient pourtant dans un liquide céphalo-rachidien très riche en alcool.



Vint le samedi 13 octobre, fête des vendanges.

St Marcelin produisait le "Pissecoul du Grimouillirois", un vin clairet dont Gaston et Ernest étaient très friands, mais que le reste du monde utilisait comme débouche-WC ou décapant à peinture. Le samedi matin, on installa des stands, et on prépara les attractions et activités du week-end : course de sacs, concours de mangeurs de merguez, tournoi de boules, concours de mangeurs de spaghettis, tombola (dotée d'un jambon offert par la Maison Alemery, partenaire officiel), concours de mangeurs de harengs marinés, speed-dating (un stand venu de la ville), concours de mangeurs de tarte à la rhubarbe, élection de Miss Grimouillirois, concours de mangeurs de tripes.

L'après-midi, monsieur le maire inaugura le zoo, exposant cette année un âne du Poitou, deux poules, un veau et trois très jolis lapins angoras. A 17 H, la fanfare des pompiers, dirigée par le sapeur Essanreproch, traversa St Marcelin d'un pas martial, interprétant "Arrivederci Roma". La fête pouvait commencer.

Les organisateurs se frottaient les mains : le monde affluait de partout. Dans la foule, on reconnaissait Emma Pridecour, la perceptrice, Elvire Sacuti, l'infirmière, Fidèle Oposte, le fossoyeur, ou encore Gédéon Dulation, le coiffeur pour hommes. Même Laurent Houton, l'ancien catcheur, vint faire un tour malgré sa prothèse. A 18 H, le député Légénic arriva avec son photographe et serra quelques mains, alors que s'achevait la finale de la course de sacs, remportée par Lydie Ott, une sauteuse célèbre dans tout le canton.

L'élection de Miss Grimouillirois fut animée, comme d'habitude. Lorsque les jurés communiquèrent le résultat, il y eut des bagarres entre les partisans de Sophie Fonfec et ceux d'Inès Tétik. Le litige se régla à coups de poing, comme il se doit, et c'est Marthe Hopiqueur qui monta finalement sur le podium.

Un bal clôtura évidemment cette journée. Il se tenait sous un immense barnum (sponsorisé par Fleury-Michon, partenaire officiel), monté sur la place du village. Il était animé par The Mamayes and the Papayes, qui avaient donné toute satisfaction lors de l'inauguration du "New Deux Piliers". L'orchestre enchaîna tube sur tube : "La danse des canards", "La Lambada", "A la queuleuleu", La Zoubida". Les danseurs se déchaînaient, lorsque soudain Chambier attrapa Pichon par le bras et dit :

- Tu vois ce que je vois ?...

- Non. Quoi ?

- Là, à droite sur la scène, à côté de l'étui à accordéon...

- Tu veux dire que c'est la housse ? demanda Pichon en ouvrant de grands yeux.

- Tu l'as dit, bouffi ! C'est la housse du Nimay-Palamain que tu m'as offert ! Je la reconnaîtrais entre mille : il y a un rond rouge sur la partie supérieure, là où j'avais posé mon verre !

- Donc l'assassin de Clarabelle, c'est le guitariste : je l'ai vu sortir son instrument de cette housse, tout à l'heure !

- C'est vendu ! Je me le fais !!!

Pichon contourna la scène. Les pieds du guitariste se trouvaient maintenant à hauteur de son visage. Chambier l'attrapa par les chevilles, et le tira violemment en arrière. Le musicien tomba derrière la scène, faisant une effroyable fausse note. Les Mamayes and the Papayes crurent que c'était le signal pour jouer autre chose, et ils passèrent instantanément de "Fais-moi du coucous, chérie" à "Nuits de Chine".

Chambier se pencha sur le guitariste, un homme d'environ trente cinq ans, que Pichon bourrait consciencieusement de coups de pied dans les côtes.

- C'est quoi, ton nom ?

- Kek vous m' voulez ? couina l'homme en essayant de se protéger les parties nobles.

- Kekvoumvoulet ? Je m'en fous, de ton nom de scène ! Je veux ton vrai nom ! hurla Chambier pour couvrir le son de la musique.

- Otto Graffe.

- Eh bien écoute-moi bien, Otto. Je vais te poser une question, et tu as droit à une seule réponse : la bonne. Si tu coinces, je te fais manger ta guitare par le derrière. Tu m'as compris ?

Pichon, qui continuait à assaisonner le musicien, dit :

- Attends que je le finisse, Gaston. Tu lui poseras la question après.

- Non, je veux savoir tout de suite. Mais tu peux continuer à le ramollir, Ernest. Tant qu'il peut parler, moi, ça me va.

Il se tourna vers le guitariste et demanda :

- Ta housse à guitare, tu l'as prise où ?

- Je ne l'ai pas prise, geignit l'homme. Elle m'a été offerte par notre manager, monsieur Paco Tison !

- Et où on peut le trouver, ce Tison ? demanda Pichon.

- Dehors, dans le mobil-home. A cette heure, il doit faire ses comptes.

- Eh bien, je peux te dire que son compte est bon ! rigola Chambier. Viens Ernest, on va lui rendre visite.



Fendant la foule des danseurs à coup d'épaule, les deux compères sortirent de la tente. Ils aperçurent immédiatement le mobil-home stationné à vingt mètres de là. On distinguait de la lumière derrière les rideaux. Pichon frappa poliment à la porte.

- Qui est là ? fit une voix.

- Monsieur Paco Tison ?

- Oui. Entrez, la porte est ouverte.

Ils entrèrent. Paco Tison était un type fluet, genre danseur de tango argentin, petite moustache et cheveux gominés. Il portait une chemise pelle-à-tarte rouge, droit sortie du Big Bazar, un costume de velours vert d'eau, et il avait ceint son cou d'un foulard moutarde du plus bel effet. Aux pieds, il portait des mocassins en croco.

- On croit rêver ! fit Pichon.

Pour ne pas lasser le lecteur avec des scènes répétitives et la description d'actions répréhensibles au regard de la loi, passons directement à la séquence émotion :

- Innocent ?... Innocent ? fit Chambier en donnant un quart de tour de plus au foulard moutarde. Je ne te demande pas si tu es innocent, je te demande pourquoi tu as tué ma vache Clarabelle, en 1998 ! La housse du fusil était bien en ta possession, pas vrai ?

- Mais je viens de vous le dire, couina Tison. J'ai trouvé cette housse dans mon mobil-home il y a quelques jours !

- Des queues ! Je te pose la question pour la dernière fois. Après ça, mon ami ici présent et moi, on va devenir sportifs !


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king
Ecrit le: vendredi 19 octobre 2007, 21:21


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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- Bon t'accouches ? On ne va pas passer Noël à ce bal ! Confia Chambier en resserrant de plus belle le foulard moutarde en essayant d'accorder tantôt le bleu tantôt le rouge du visage de Paco Tison.

- Plus fort, mon copain est dur de la feuille ! Ajouta pichon en faisant l'inventaire des tiroirs et placards du mobil home et en posant sur la table le fruit de ses recherches, à savoir un casse-noix, un presse-purée, une pédale de grosse caisse, un jeu de cordes de guitare...

- Je ... je, bredouilla Paco en voyant Pichon actionner la pédale à deux mains dans le vide, visionnant les dégâts que cela pourrait faire ailleurs.

Pichon venait de s'installer sur un tabouret, puis posa la pédale au sol lorsqu'il sentit son centre de gravité changer de position. Il tenta d'agripper le rebord de la table, en vain, amenant à lui le presse-purée qui dans sa chute lui écrasa le mégot au coin des lèvres.

- On, on bouge ! s'écria Chambier.

Il traîna le gigolo jusqu'à la porte, mais celle-ci refusait de s'ouvrir. Pichon venait de renfourner son clopot redressé à la hâte et entreprit d'aller vers l'avant du mobil home, faisant maintenant collection de poignées de portes de placard, pampilles et autres brimborions arrachés dans sa quête de l'avant Sa dernière acquisition ce fut les rideaux faits "Séobal", le kit complet spécial mobil home, voilages, la tringle, le tout en beauté sur le canapé panoramique... de la soie "Ca doit coûter bonbon, se dit-il, une paye, un salaire..." L'effet salaire, sur la soie c'est normal... Il arriva à se hisser sur ledit canapé et ce qu'il vit ce fut les feux sur la caisse arrière du pick-up qui tirait l'aérostream dans la nuit noire. La caravane cahota, elle venait de quitter la route pour emprunter un chemin caillouteux, à l'intérieur les trois occupants essayaient tant bien que mal de ne pas tomber, et de trouver une solution rapide à leur problème.

- On est sur le chemin des causses, s'écria Pichon aux premières loges sur le sofa.

- C'est un cul-de-sac ! Hurla Chambier, une falaise et plus rien derrière !

Le pick-up freina brusquement, les deux autres avec l'inertie rejoignirent Pichon sur le canapé. De là, ils aperçurent une ombre s'affairer derrière le véhicule. Quelqu'un décrocha la caravane puis remonta dans le véhicule. Il fit marche arrière, il y eu un contact puis le Dodge donna la gouache, faisant fumer les pneus. Il commençait à faire reculer la roulotte.

- Ah le salaud, s'écria Chambier, il veut nous buter !

Le manager des Mamayes et Papayes venait de passer par des couleurs psychédéliques, du blanc pisseux au vert caca d'oie. Pichon et Chambier étaient livides, trois livides sur un sofa plein. La caravane prenait de la vitesse, puis plus rien, une ou deux secondes interminables, durant lesquelles le temps suspendit son vol, un état d'apesanteur parfait. Puis les lois de la gravité étant ce qu'elles sont, elles reprirent violemment leurs droits, la roulotte venait de faucher trois acacias avant de finir sa course dans le ru du père Riaude.

Ce message a été modifié par king le vendredi 26 octobre 2007, 11:32

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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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miquet
Ecrit le: vendredi 19 octobre 2007, 22:42


Révolutionnaire piscicole


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allez, lache toi!

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"Il faut prendre l'argent la où il est : chez les pauvres ! ils en ont peu, mais il y a beaucoup de pauvres . . ."
Alphonse Allais


« C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du
son, que certains ont l'air brillant avant d'avoir l'air con »


mon coup de coeur II
 
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king
Ecrit le: samedi 20 octobre 2007, 10:31


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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... s'écria Germain le maire accompagnant le maréchal des logis chef Perret à Pichon qui avait sorti une jambe par la vitre brisée du mobil home.
- C'est à cette heure-ci que tu arrives blanc-bec ? Rétorqua Pichon à l'encontre du gendarme.


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Sap1
Ecrit le: samedi 20 octobre 2007, 19:06


Révolutionnaire piscicole


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- Eh ben dis donc, vous ne restez pas choqué longtemps, vous... lui répondit Julien Perret dans un sourire, amusé autant par l'agressivité naturelle, presque instinctive, dont faisaient preuve les deux ancêtres que par l'acharnement qu'ils mettaient à ne pas vouloir quitter ce monde (qui pourtant ne voulait plus d'eux depuis plusieurs années déjà...).

- Choqué pourquoi ? demanda Chambier, avec un ton aussi aimable que son acolyte, en s'extirpant d'un des placards dans lequel il s'était trouvé encastré.

Pour seule réponse, le maréchal des logis et le maire de Saint Marcelin-sur-Poulaire se contentèrent de lever les yeux vers le ciel désormais largement étoilé. Les oreilles captaient relativement bien la musique qui venait d'en haut, le solo de trompette d'Omer Food-Bide, conclusion de "La plainte du Laboureur Con", couvrant tout juste le chant des grillons alentours et les clapotis délicats du ru et de la Poulaire dans laquelle il se jetait, juste derrière eux. Ce n'est qu'après un temps d'adaptation assez long, que les yeux de Pichon et Chambier, plongés dans l'obscurité suite à l'explosion de tous les éclairages de la caravane, purent réaliser l'ampleur de l'accident auquel ils avaient survécu : une vingtaine de mètres plus haut, les rares lumières du village et l'éclairage lointain du New Deux Piliers surlignaient le bord de la falaise sur une voûte richement ponctuée de points blancs. Comme pour souligner la chance insolente qu'avaient les deux ancêtres de s'en tirer sans rien de plus grave qu'une contusion au coude pour l'un, et une "putain d'envie de pisser" pour l'autre, l'un de ces points blancs se détacha du drap de jais sur lequel il était accroché, et parcourut une bonne distance angulaire avant d'exploser en un léger éclair teinté de vert...

Poète et tanguéro reconnu, le maréchal des logis Perret coupa le silence qui s'était installé :

- Cette étoile filante ressemble bien à l'âme de votre Gonzalo Orihuela en train de le quitter...

- Bien dit, Julien ! Qu'est-ce qu'il devient notre gonze à l'eau de rose ?

- Non, Gaston, c'est Gonzalo Ori... Arrêtez !!! Ne le secouez pas comme ça, vous voyez bien qu'il est en train de crever !!!!

- Oui ben je m'en vais te la faire filer, moi, l'étoile, si elle me déballe pas tout de suite qui l'a payé pour tuer ma gaudelle, grogna-t-il en s'acharnant sur ce qui n'était plus qu'un prunier argentin ensanglanté, transpercé en de multiples endroits par des branches d'acacias.

- Sa... commença le prunier, ce qui déclencha instantanément une quinte de toux, une vive douleur, et un arrêt des hochements par son tortionnaire, attendant de toutes ses oreilles la confession du mourant.

- Sa quoi ? Sacha Touillelépié, le marchand de tapis et de plumes ? tenta Chambier.

- Sabrina Nimet, la scénariste de cartoons ? essaya Pichon.

- Samuel Paquet, le DJ du night Club de Grimouillis-sur-Orge ? participa le maire.

- Sam Féchié, le flic qui enregistre les plaintes à la brigade ? proposa le maréchal des logis.

Attendant la réaction de l'homme, dont tout le monde à présent oubliait de se soucier de l'état de santé, trop pressé de savoir qui gagnerait au jeu des devinettes, celui-ci rajouta comme indice une lettre :

- Sal... s'efforça-t-il de dire, ce qui eut pour effet de lui tirer une grimace de douleur autant que d'agonie, que les quatre autres hommes n'avaient même pas remarquée, chacun se creusant les méninges pour trouver qui dans le coin avait un nom commençant par ces trois lettres. Puis, comme un seul homme, chacun pointant l'autre d'un doigt plein de fierté d'avoir enfin résolu cette énigme, tous aboyèrent "Salazar Therminusse, le chauffeur du train !!!!".

Comme pour donner raison à leurs propos, Paco Tison, dans un dernier effort, avoua :

- Sal... (il toussa) ... sal... (il cracha un peu de sang puis, se calmant, et prenant une bonne inspiration) ... salauds de sapins, z'auront eu ma peau...

Cette agression injuste contre l'ensemble de la gent gymnospermique furent ses dernières paroles ici-bas, et ce, malgré les efforts acharnés de Chambier contre ce corps désormais inanimé pour lui décrocher encore quelques prunes...

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

Si vous voulez aider les astronomes d'une façon ludique, c'est ici !!!

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king
  Ecrit le: samedi 20 octobre 2007, 21:56


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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Deux semaines que l'enquête piétinait , l'interrogatoire du guitariste Otto Graffe au sujet de l'étui ne donna rien de plus que ce qu'il avait dit aux deux ancêtres le soir du bal , la fouille du mobil home ne fut pas plus concluante : la recette du soir mise sous scellés , quelques affiches de futurs concerts, bals et autres animations , quelques bandes magnétiques et cd qui eurent raison des oreilles du gendarme Sauret (qui depuis a demandé sa mutation ) et une impressionnante garde robe digne d'un pucier de Saint Ouen .

Au new deux piliers, les affaires allaient bon train, les cars de touristes faisaient un crochet afin de voir les curiosités locales en chair et en os, se faisant prendre en photo en leur compagnie, et acheter les dernières bouteilles de Pissecoul du Gramouillirois. Faut dire qu'ils avaient de l’allure les trois panneaux plantés à l'entrée du village, Albert Dufermage avait eu le nez creux et avait fait installé la publicité avec les deux compères, posant à coté des débris du mobil home, vantant les mérites du dit breuvage . Un astucieux bandeau permettait même de changer la devise, pour l'heure c'était :
"Restez jeunes longtemps avec le Pissecoul "

-T'as vu la notoriété mon cadet ! fit pichon

- Oui, mais on n'a pas avancé d'un carat dans l'enquête, ils auront beau mettre tous les Columbo sur le coup, il y a un truc qui nous a échappé.

- Ben tiens quand on parle de Columbo, voila le panier à salade, tu paries que c'est pour nous, s'exclama pichon en sifflant son verre d'une traite.

L'estafette se gara à la hauteur de la terrasse.

- Messieurs, fit le chef Perret avec un cloc émis par l'index et le majeur venant à la rencontre du képi, il y a du nouveau, suivez moi, on vient de retrouver le véhicule Dodge à quelque kilomètre d'ici.

-Ah ben c'est pas trop tôt fit Chambier en imitant parfaitement son comparse et en ajustant son cache col. Mais faut-il qu'on monte dans la bétaillère ? Car ça va nuire à notre réputation, fit l'ancien avec un clin d'oeil avisé en direction de son compère.

-Allez c'est pas le moment, grimpez!

D'un geste commun les deux comparses se joignirent les poignets et montèrent dans le véhicule les bras en avant, hilares, ce qui déclencha un flot de flashes venant du car de touristes garé juste à coté.

-Ah c'est malin fit Perret, bon je vous explique le topo...


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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

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David GILLE
Ecrit le: dimanche 21 octobre 2007, 12:33


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Chambier, Pichon et le gendarme Perret s'assirent sur les banquettes en bois, patinées par les ans et par les fesses de générations de tire-goussets et de tapineuses rurales (si, si, il y en a !)

- Comme je vous l’ai dit, enchaïna Perret, on vient de retrouver le tracteur Dodge qui remorquait le mobil-home de feu le citoyen Tison (prénom : Paco), mobil-home que je qualifierais plutôt de roulotte, vu que l’engin était dépourvu de groupe propulseur et qu’il se trouvait par conséquent dans la catégorie des véhi...

- Dites voir Perret, le coupa Pichon, vous ne pourriez pas parler français, pour qu’on vous comprenne ?... Et puis, on se fiche de savoir s’il s’agissait d’un mobil-home, d’une roulotte ou d’un saxophone ! Où voulez-vous en venir ?

- J’y arrive, fit l’autre. Conséquemment et subséquemment, vous avons prélevé les empreintes digitales du chauffeur dudit tracteur Dodge, vu qu’il y avait eu mort d’homme, et vu que la gendarmerie est maintenant dotée des plus modernes moyens d’investigation. Présentement, ces empreintes sont en cours d’analyse. A la Gendarmerie Nationale, nous faisons les choses dans les règles, messieurs.

- C’est pour nous dire ça que vous nous avez fait monter dans ce panier à salade ? s’étonna Pichon. Vous pouviez pas nous le dire dehors ?

- Comme toute enquête, celle-ci requiert un minimum de discrétion. Etant donné que les abords de votre grange (illégalement transformée en bar, soit dit en passant) pullulent de touristes, c’était le seul moyen de vous faire part de nos progrès. Si vous en êtes d’accord, nous allons maintenant vous conduire sur les lieux, afin de vous montrer ledit tracteur Dodge.

Chambier gueula :

- Mais on s’en fout, de votre Dodge !!! Des véhicules Dodge, à la fin de la guerre, on en a vu presque autant que de femmes tondues ! En revanche, des petits Pouilly Fuissés comme ceux qu’Albert vient de rentrer, on n’en pas vus beaucoup !

- Quand vous en saurez plus, revenez nous voir, ajouta Pichon en se levant. Adieu !

Les deux compères descendirent du fourgon et reprirent leur place à la terrasse, sous les applaudissements du public, lequel, s’il ignorait ce qui s’était dit dans le panier à salade, considérait que Chambier et Pichon avaient forcément pris l’ascendant sur les pandores. Et ça, en France, c'était toujours très apprécié du bon peuple.

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king
  Ecrit le: dimanche 21 octobre 2007, 15:55


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Les deux ancêtres ayant repris la corvée d'autographes et la tournée associée, échangeaient quelques mots entre deux poses devant les Nikon et autres Minolta. Ils singeaient à leur manière, mimant à grands gestes ce qui devait se tramer à la gendarmerie.

- Inspecteur Pichon, veuillez remettre du triphaniol dans la solution en cours, fit- il en levant son verre à la lumière.

- Désolé capitaine Chambier, je vérifie l'identité des suspects, répondit-il en ayant subtilisé le tampon encreur du bar, avec lequel il faisait poser les empreintes d'un car de touristes japonais sur les photos publicitaires que venait de recevoir Albert Dufermage, des cartes avec des noms étranges, des points de vie, éternité pour l'un et indestructible pour l'autre ; même les mômes du village venait chercher les deux cartes afin de les ajouter dans leur deck comme ils disaient.

- En résumé tout ce qu'on a, c'est forcément quelqu'un qui devait surveiller le gigolo à chaque fois qu'il venait dans la région, qui plus est le soir du bal, et lorsqu'on a retrouvé la housse, ça l'a fait paniquer, et il a réagit dans l'urgence, il nous a suivit, ne pouvant plus empêcher le matador de parler, nous a enfermé avec afin de nous supprimer par la même occasion, fit Chambier fier de son raisonnement.

- Affirmatif, répondit Pichon tout en préparant un lot de cartes à l'avance, et ce gars là est forcément de la région, c'est le seul chemin d'accès pour aller à la falaise, faut le connaître.

- Bon, c'est le seul chemin carrossable... Et... Le Perret était à notre poursuite dans la foulée avec Germain, lui coupant ainsi la retraite, donc...

- La sente Hinelle ! S’écrièrent-ils de concert.

- La sente Hinelle, la croix Javelle et la bergerie abandonnée du père Spicasse. De là, le village n'est plus qu'à un kilomètre, faisable en un quart d'heure à peine à pied, ajouta Pichon.

- Un bel endroit pour y laisser l'engin, le temps que cela se tasse, fit Chambier, et m'est avis qu'il vont faire chou blanc à la maison bleue !

La réponse ne se fit pas attendre, Anatole le tambour de ville arrivait de la gendarmerie, colportant tel Hermès, la nouvelle aux deux Mathusalem. Aucune empreinte supplémentaire sur le Dodge, seules celles de Paco Tison, aucun indice, si ce n'est de nombreuses rayures, griffures sur la carrosserie. Le véhicule avait été abandonné sur la place du marché de Moignon en Puthay, à douze kilomètres de là.

- Bien raisonné mon capitaine, fit Pichon en servant les trois verres.

- Assez discutaillé, on va refaire le chemin du Dodge, Anatole, prête ton clou, je te le ramène d'ici une heure, annonça Chambier.

Arrivés sur les lieux, ils mirent pieds- à- terre au départ de la sente Hinelle, et inspectèrent les lieux : que des cailloux, pas de trace de pneus, mais en revanche quelques brindilles cassées et une marque de peinture sur un tronc les conforta dans leur progression. Arrivés à la croix, la bergerie était en vue à deux cents mètres de là.

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David GILLE
Ecrit le: dimanche 21 octobre 2007, 18:37


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Ils fouillèrent la bâtisse de fond en comble, remuant des tonnes de foin assaisonné de crottes de mouton. Ils pensaient en effet que le coupable, une fois son méfait accompli, s'était réfugié dans la bergerie. Poursuivant ce raisonnement téméraire, ils espéraient que l'individu y aurait bien évidemment perdu sa carte d'identité ou son permis de conduire, comme dans ces séries télé qui ne reculent jamais devant un poncif. Mais rien. Il n'y avait même pas une minable photographie du bonhomme, entouré de sa femme et de ses enfants, avec, au dos, le cachet du photographe qu'il suffirait d'aller interroger. Pas non plus de plaque d'identité, de gourmette, de stylo personnalisé. Pas même un cheveu, ce qui fit dire à Chambier que le criminel était peut-être chauve.

Ils rentrèrent chez eux et allèrent se coucher, déçus.

Le lendemain, à peine arrivés au New Deux Piliers, ils virent se radiner le gendarme Perret.

- Comme vous le savez, on a consulté le sommier, fit-il. Et nous avons des nouvelles !

- Ah, lesquelles ? firent les deux vieux débris, l'oeil pétillant.

- Aucune. Les empreintes du coupable n'y figurent pas.

- Pour une nouvelle, c'est une nouvelle ! cracha Chambier. Ca va me mettre de bonne humeur pendant toute la journée ! Merci d'être venu, Perret ! Je n'aurais pas voulu mourir sans connaître cette information que, dans votre infinie bonté, vous nous fîtes partager. Gloire à vous Perret, et vive la Gendarmerie Nationale ! Alléluia !

- On croit rêver ! fit Pichon.

Le gendarme Perret repartit (après avoir refusé un godet, ce qui vexa les deux compères et les mit dans une rage froide). Pichon se tourna vers Chambier et dit :

- Je viens de penser à un truc, vieux gars : le type qui a pris le volant du Dodge était forcément familiarisé avec ce type de véhicules...

- Un conducteur d'engins ou un chauffeur, tu veux dire ?

- Affirmatif. N'importe qui ne peut pas monter comme ça dans un camion, et mettre le contact. Il faut être un pro.

- Ben mon cochon ! fit Chambier. Des types capables de faire démarrer et de conduire un gros-cul, ça ne manque pas dans le coin : possesseurs de tracteurs agricoles, chauffeurs de camions et de tracteurs routiers, garagistes, mécaniciens !... Il y en a bien une centaine !

Les deux compères restèrent silencieux. Chambier commençait même à se demander si tout cela valait le coup. Sentant la résignation l'envahir, il commanda une bouteille de rosé de Provence.



Les jours passèrent, sans nouveau développement. Et c'est alors que le hasard, une fois encore, leur donna un sérieux coup de pouce.

Chambier s'était rendu à la supérette du bourg pour faire l'emplette de quelques caleçons longs pour l'hiver, lorsqu'il surprit une conversation qui se déroulait derrière une pile de boîte de conserves. Il se figea net et écouta.

- Oui, c'est bien moi qui ai piqué le mobile-home. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'un innocent y laisse la vie. J'ignorais que ce Tison était à l'intérieur, car je l'avais vu en sortir quelques instants plus tôt. Ce que je voulais, moi, c'était la peau des deux vieux débris ! A cause de leur lâcheté, mon frère a connu l'enfer sur terre...

- Pour la vache du Chambier, fit une femme, c'était toi aussi ?

Gaston reconnut la voix : Josiane Courtecuisse !!! Il risqua un oeil entre les boîtes de Cassegrain : la bonne du curé discutait avec son ex futur beau-frère, Augustin Molard, le frère cadet de feu Maurice Molard !

Molard poursuivait :

- Oui, c'était moi. Lorsque les deux vieux ont commencé leur enquête à propos de la housse, j'ai eu peur et je m'en suis débarrassé en la jetant dans la caravane de ce Tison, garée à côté de chez moi. Et quand, le soir de la fête des vendanges, je les ai vus se glisser dans la caravane, j'ai cru qu'ils se doutaient de quelque chose et venaient fouiller pour retrouver cette satanée housse...

"Octod'jus !... C'était donc lui !" pensa Chambier. "Je ne sais pas ce qui me retient de..."

Il en savait assez. Renonçant à ses caleçons, il s'éclipsa, sauta dans le l'autocar et revint à St Marcelin. Là, il se rua au New Deux Piliers et rapporta toute l'affaire à Pichon.

- Je t'avais bien dit que c'était un pro du volant : Augustin est chauffeur, comme tu le sais !... Bon, va chercher le manche de ta pioche. On lui caressera les côtelettes dès son retour !

- Non, répondit Chambier. C'est une mauvaise idée. N'oublie pas que c'est peut-être à cause de nous que Maurice Molard a passé sa vie dans une chaise roulante... Alors si, en plus, on se met à casser son frangin, on aura non seulement le village sur le dos, mais toute la région.

- Alors, qu'est-ce que tu proposes ?

- On lui saute dessus, mais on ne le castagne pas : on l'emmène à la gendarmerie.

- Et s'il ne parle pas ?

- S'il ne parle pas, la Josy, elle, elle parlera ! C'est une bigote, elle n'oserait pas nier et se faire ainsi la complice d'un meurtre !

- Sans compter le meurtre de ta vache...

- C'est bien de celui-là que je causais !

Ainsi fut fait. Augustin avoua, mais refusa toujours d'expliquer son geste. Seuls Chambier et Pichon savaient qu'il protégeait ainsi la réputation de Josiane Courtecuisse et de Maurice Molard.

Lors de son procès, le geste d'Augustin Molard fut attribué à un coup de folie. Il écopa de trois ans de prison avec sursis et l'obligation de se soumettre à des soins psychiatriques.

Paco Tison n'ayant pas de famille, son corps de fut pas réclamé. Lorsqu'il se mit à puer à la morgue, on l'enterra dans la fosse commune de Tiquebeux, d'où il était originaire.

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castafiore
Ecrit le: dimanche 21 octobre 2007, 22:12


Révolutionnaire piscicole


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Au 10, rue de l’Etourneau, c’était calme plat. Depuis son aventure avec les condés Josy ne ramenait pas sa fraise. Elle sortait au petit matin pour faire les courses du curé et éviter les croassements qui avaient accompagné ses sorties après sa garde-à-vue. Elle rangeait ses photos, regardait son Maurice avec amour et rongeait son frein. Les aventures d'Ernest et Gaston l'avait tenue en haleine pendant les longues journées d'hiver, elle ne se remettait pas de leur subite célébrité.

Un jour de mai on frappa à sa porte. Yolande Pichon attendait qu’elle ouvrît. Que pouvait donc vouloir cette mocheté avec son horrible fichu vert caca d’oie, à qui elle n’avait plus parlé depuis le certificat d’études ? Josy ouvrit et l’autre lui dit :

- Josy, je peux entrer ? Je voudrais te confier un secret.

Intriguée, la bonne du curé la fit pénétrer dans son capharnaüm dans lequel, seule trace de luxe, trônaient les faunes en porcelaine de Saxe.

- C’est de cela que je veux te causer, dit Yolande en désignant le plus grand.

Josy dressa l’oreille, la Yolande serait-elle devenue spécialiste en faunes ?

- Ah oui, tu t’y connais Yolande ? J’ai acheté celui-ci il y a deux mois, c’est le plus beau de ma collection. Veux-tu un café ?

- Je veux bien. Voilà ce qui m’amène, dit Yolande à brûle-pourpoint. Tu connais Ernest et tu sais qu’il passe tout son temps avec Gaston … Et bien il me délaisse et je sais pourquoi.

Josy toujours à l’affût d’un commérage et de plus en plus intriguée demanda :

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Je me regarde tous les jours dans la glace et je me trouve aussi vilaine que toi.

Elle encaissa le coup.

- Et alors ?

- Alors j’ai trouvé cette réclame dans la poche du veston bleu clair d’Ernest. Tiens, regarde !

Elle prit le papier et lut : « Le Professeur Ingue, chirurgien esthétique vous annonce l’ouverture de son cabinet 22 rue des Chênes Rouvres, Marcilly-sous-Charmoise.
Elle étouffa un rire discret.

- Et tu veux te faire refaire ? A ton âge ? Tu n’y penses pas ?

- Oui, je veux changer de tête et récupérer mon Ernest.

Pour la première fois le monstre ouvrait son cœur de femme délaissée. Celle qui poursuivait les gamins en leur lançant des pierres, qui accrochait des chats morts aux portes des granges, qui vous dépeçait un cochon sans rendre l’âme, avait de la coquetterie et peut-être un peu d’humanité.

- Et pourquoi es-tu venue me raconter tout ça ?

- Je voudrais que tu y ailles pour demander le prix. On se ressemble, tu feras faire un devis qui me donnera une idée de ce que je dois sortir sur mes économies.

Ces remarques frisaient l’injure mais Josy n’y prêta pas d’attention. Elle imaginait le visage ravagé de Yolande remis d’équerre par le Professeur, et pourquoi pas le sien après tout. Elle vendrait trois faunes et le tour serait joué. Elle se verrait bien en Ophélie Winter, en Paméla Anderson, l’idée la faisait chavirer. Elle pensa à Maurice, le regretta à nouveau mais pensa qu’à son âge elle pouvait encore plaire, qui sait…

- Jurons- nous fidélité Yolande, je vais prendre un rendez-vous, dit alors Josy en embrassant sa nouvelle amie et en la poussant vers la porte.

Tapi au bord de la Charmoise, sur les contreforts du massif de La Gerbille qui culmine à 764 mètres au col de la Fourme, le village de Marcilly jouissait d’un climat froid l’hiver et chaud l’été. Il s’enorgueillissait du passage de Joseph Talon, illustre trufficulteur dont le buste trônait sur la place du marché. L’installation du Professeur Ingue en ce lieu pouvait surprendre mais fort d’une étude de marché bien ficelée, l’éminent chirurgien pouvait sans risques y visser sa plaque. La population féminine du canton informée par le bouche-à-oreille commençait à affluer et Josy eut un peu de mal pour obtenir un rendez-vous. Par un beau matin de juin le car la déposa sur la place du village. Elle rejoignit à pieds la rue des Chênes Rouvres et pénétra dans la salle d’attente du praticien. Il était 9 heures et il y avait déjà trois clientes. Une grosse fermière au visage déformé par des années de labeurs feuilletait une revue sur laquelle Josy aperçut le visage d’Ophélie. A sa gauche une bourgeoise aux traits lissés qui ressemblait à une chinoise, regardait dans le vide en rêvassant. La troisième était une jeunette aux paupières lourdes et à la tête évocatrice de liaisons consanguines.

- Léa Tension, dit le chirurgien en ouvrant la porte de son bureau.

L’anamite se leva. La bonne du curé resta sous le choc, l’homme était divinement beau. « On dirait le docteur Jivaro », pensa-t-elle.

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Participe à la promotion de Cisthématique : 200 nouveaux abonnés à Noël... et plus si affinités...
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David GILLE
Ecrit le: lundi 22 octobre 2007, 00:01


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Elle essaya de contrôler ses vapeurs en plongeant dans la lecture du magazine ELLE. Bien sûr, elle consulta l'horoscope, science vraie. Elle découvrit ainsi que son signe du zodiaque la destinait à changer prochainement d'emploi pour prendre des responsabilités de haut vol. Elle en déduisit qu'elle allait quitter son boulot de bonne de curé pour travailler en qualité d'ingénieur aéronautique chez Airbus.

Enfin, la porte s'ouvrit. Le Professeur Ingue l'appela par son nom. Lorsqu'elle se leva, le chirurgien murmura :

- Mon Dieu !...

Elle entra dans le cabinet médical et se laissa tomber dans le fauteuil visiteurs, lequel se plaignit en émettant un couinement.

- Voilà, Docteur. Je viens vous voir pour moi-même, mais aussi pour une amie qui me ressemble un peu. Toutefois, elle a été légèrement moins favorisée que moi par la nature...

- Mon Dieu...

- Nous voudrions savoir si vous pouvez faire quelque chose pour nous.

- Mon Dieu...

- Alors, docteur ?

- Eh bien voilà, commença le praticien. Mais je voudrais que vous compreniez qu'à l'impossible, nul n'est tenu... Mettez-vous en petite tenue.

Josy rougit, mais obéit. Le Pr Ingue l'examina en commentant :

- Votre allure générale évoque une barrique de gélatine d'où sortiraient, en dessous, deux viennoises surdimensionnés. Vos cheveux ont le soyeux d'un balai de chiottes, et leur implantation ressemble à celle de Mao Tsé-Toung ou à celle d'un singe capucin. Vos oreilles ont l'air d'escalopes. Vos yeux me font penser à deux crachats de poitrinaire dans un plat de purée, et votre nez évoque irrésistiblement le pénis de Rocco Siffredi. Quand à votre bouche, on dirait le repli anal d'une femelle hippopotame après une césarienne. Votre menton a la grâce de celui d'un morse, et votre cou ressemble à un filet de boeuf mal cuit. Vos épaules rendraient jaloux n'importe quel employé de Demeco, et vos seins ont l'air de sacs poubelle remplis de vieilles ferrailles... Maintenant, levez-vous je vous prie et tournez vous, que je voie le côté pile.

Josiane Courtecuisse s'exécuta.

- Voyons... Votre dos a le galbe de celui d'Arnold Schwartzenegger, mais inversé et plus riche en poils. Vos hanches, même liposucées, garderont bien sûr l'aspect d'une peau de poulpe, y compris ses tentacules. A supposer que je puisse en extraire le contenu, il faudra sans doute prévoir une citerne. Peut-être pourrais-je vendre ça à la société Motul, on verra.... Poursuivons : je constate que vos muscles fessiers commencent à hauteur de vos reins et s'arrêtent derrière vos genoux. Vos mollets, enfin, ont la forme générale de jambons de Westphalie. Mais votre sac à main est joli...

Le praticien se leva, glissa ses lunettes au bout de son nez, et se pencha sur sa patiente :

- Ca fait combien d'années que vous ne vous êtes pas regardée dans une glace, Mademoiselle Courtecuisse ?...

- Ben...

- Vous ne pouvez pas, hein ?... Quand vous vous voyez, vous vomissez contre le miroir. Pas vrai ?

- Ben... Mais pouvez-vous faire quelque chose, docteur ?

Le chirurgien, qui n'avait pas encore honoré toutes les traites de sa Porsche, répondit :

- Oui. Ca va être le chantier du siècle, mais on va essayer. Si toutefois ce n'était pas possible, je vous grefferai un visage de truie, ce qui vous rendra déjà beaucoup plus séduisante que vous l'êtes aujourd'hui. Prenez rendez-vous avec ma secrétaire. Elle vous fixera une date, pour vous et votre amie.

- Oh, merci, merci Docteur ! minauda Josy. Mais ça va nous coûter combien ?

- Pas plus de grmmmblm Euros ! répondit le praticien.

Josy, qui se trouvait bête de poser la question une deuxième fois, répondit :

- Eh bien, c'est d'accord.

De retour à St Marcelin, Josy annonça la bonne nouvelle à Yolande Pichon.

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David GILLE
Ecrit le: lundi 22 octobre 2007, 13:03


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Les deux femmes commencèrent à préparer leurs valises, et aussi leur entourage. Yolande annonça à son mari qu'elle allait partir pendant trois semaines en cure à la Bourboule. Tout en continuant à lire son journal, Ernest fit :

- Tu sais, la Bourboule ou Meknès, du moment que ça te fait du bien...

Josiane Courtecuisse informa le Père Manganate qu'elle allait faire une retraite de trois semaines à Rome. Le mensonge passa bien, car c'était la première fois, en trente ans, qu'elle s'absenterait du presbytère. Le curé répondit :

- C'est une bonne idée, ma fille. Mais avant de partir, n'oubliez pas de nettoyer les vitraux de l'église, de déménager la cave à vin, et de couper du bois. Et aussi de repositionner le coq sur le clocher, car il penche.

Les deux femmes avaient réservé une chambre à l'hôtel California, à Marcilly-sous-Charmoise. C'est là qu'elles avaient l'intention de passer leur convalescence. En effet, pas question pour elles de retourner à St Marcelin couvertes de bandages, comme des momies. Elles reviendraient au village dans leur triomphante nouvelle beauté, ou pas du tout.

Le grand jour arriva.

Ordre alphabétique oblige, ce fut Josiane Courtecuisse qui s'allongea la première sur le billard. Le professeur Ingue lui administra un anesthésique et attendit qu'elle parte dans le coltard. Puis il se tourna vers son assistante, Huguette Otroux, une sage femme de Marcilly qui lui servait d'infirmière, et dit, en désignant la Courtecuisse d'un ample geste du bras :

- Que pensez-vous de ça, Huguette ?

- Je pense que Dieu l'a créée pour voir s'Il pouvait placer plus de trois mille verrues sur un seul corps humain !

- Pensez à m'en garder un mètre carré. J'ai besoin d'un nouveau paillasson.

Josiane Courtecuisse ressemblait à une baleine échouée. L'infirmière lui badigeonna le corps avec une serpillière imbibée de Bétadine, la transformant en une énorme carotte. Puis elle entreprit de lui chauffer l'abdomen à l'aide d'un chalumeau afin de liquéfier un peu les épaisses masses graisseuses stockées sous la peau. Lorsque la zone fut bien chaude, le chirurgien empoigna un poinçon et, d'un coup sec, l'enfonça. Telle une houle marine, une ondulation traversa le corps de sa patiente et alla se perdre dans son double menton. Ingue dut s'y reprendre à trois fois, la couenne opposant de la résistance. Enfin, il plaça une canule dans le trou et actionna le liposuceur. Avec un "slurp-slurp-slurp", l'appareil commença à pomper. Un liquide jaunâtre et épais passa dans le tuyau, tuyau qui filait par la fenêtre pour aller déverser son contenu dans l'égout.

Huguette demanda :

- Dites, docteur, vous croyez vraiment pouvoir traiter ce... cette femme au scalpel ?

- Vous avez raison, Huguette. Passez-moi le sécateur.

D'un coup sec, il trancha les deux lobes d'oreilles, pour les raccourcir. Il jeta les lobes dans un plateau en aluminium et expliqua :

- Je les garde pour Sultan, mon Beauceron : ça lui fera deux bons repas.

Puis il se saisit d'une barre de fer, qu'il glissa sous le nez de Josy :

- Huguette, appuyez là, très fort, pour faire levier.

Il entreprit de tronçonner l'organe avec une scie, et mit le cartilage à nu. Ensuite, il replia la peau par dessus et la recousit à l'aide de catgut. Il recula de quelques pas pour observer le résultat :

- Pas mal, fit-il d'un air satisfait. Avant, son nez ressemblait à celui d'un nasique. Maintenant, il ressemble au nez de Charles Pasqua, ce qui est déjà un léger progrès. Il ne reste plus qu'à lui faire des narines. Huguette, passez-moi la perceuse...

Après le nez, il s'attaqua aux valises que Josiane Courtecuisse portait sous les yeux, et les rabota. Puis il s'occupa du menton, d'où il extirpa trois kilos de viande inutile. Il y avait du sang jusqu'au plafond, mais c'était du beau travail.

- Tenez-moi ça, Huguette, dit-il en lui tendant un sein de Josiane. Reculez, pour que ce soit bien rigide.

Huguette Otroux recula de deux mètres. Ingue trancha dans le vif, retirant l'équivalent de trois entrecôtes dans chaque sein. Puis il les roula sur eux-mêmes, y apposa des points de suture, et, à l'aide d'une pompe à vélo, les gonfla légèrement afin de leur donner une jolie forme. Enfin, avec de petits ciseaux de couturière, il supprima tout ce qui dépassait, afin de les ébarber proprement. Le professeur Ingue aimait peaufiner.

Le liposuceur, toujours en action, s'attaquait maintenant à la sixième et dernière strate de cellulite. Comme pour les roches sédimentaires, les ans et les excès de table avaient déposé sous la peau de Josiane des couches de graisse, à raison d'une couche tous les dix ans. La sixième, moins épaisse mais plus dure, datait donc de l'époque où elle dansait le fox-trot. Sa silhouette s'était très nettement affinée sur le devant, dessinant la ligne d'une proue de paquebot. Il fallait maintenant s'occuper de son dos.

- Huguette, soyez gentille, allez chercher les trois peintres qui travaillent dans le hall d'entrée de la clinique. Nous avons besoin d'un coup de main.

Avec l'aide des trois hommes, Ingue et Huguette Otroux retournèrent la patiente sur le ventre. Un morceau de papier hygiénique dépassait de ses fesses. Ingue le retira avec une pincette. Puis, à l'aide d'un marteau et d'un burin, il entreprit de lui remodeler le dos. Ce travail terminé, il demanda la tronçonneuse, que l'infirmière lui tendit.

- Voilà le moment crucial. Ou bien je réussis à lui faire les fesses d'Arielle Dombasle, ou bien il faudra qu'elle se contente de celles de Bernard-Henri Lévy.

De petits morceaux de barbaque valsèrent à travers la salle d'opération alors que le professeur Ingue s'escrimait. Il sculptait à grand moulinets, la langue pendante, tout à son art. Lorsque son travail fut achevé, il demanda à Huguette Otroux d'envelopper sa patiente de pansements, et d'appeler un taxi pour la faire conduire à son hôtel.

Puis il s'occupa de Yolande Pichon, à laquelle, en gros, il fit subir le même traitement. Mais elle était plus résistante aux anesthésiques que Josiane Courtecuisse. Elle se réveilla plusieurs fois pendant l'opération et se mit à brailler. A un moment, dans une demi-inconscience, elle agrippa le professeur Ingue à l'entrejambe et essaya de lui broyer les testicules. Le praticien mit fin à ces menées spermicides en lui tapant dessus avec un tabouret.

Les deux femmes passèrent deux semaines à l'hôtel California, couvertes de bandages, et s'alimentant en aspirant de la Royco Minute Soup à l'aide d'une paille. Puis le professeur Ingue leur enleva leurs pansements et leur tendit un miroir.

Elles n'en revenaient pas ! Le professeur Ingue était un magicien ! Si elles ne ressemblaient pas vraiment à Ophélie Winter ou à Paméla Anderson, le résultat n'en était pas moins impressionnant. Yolande Pichon avait un air de ressemblance certain avec Régine jeune, avant son régime amaigrissant. Quant à Josiane Courtecuisse, elle ressemblait à Chantal Goya, les rides en moins. Yolande et Josiane étaient ravies du résultat. Elles passèrent encore une semaine à l'hôtel, attendant que leurs petites cicatrices s'estompent. Elles en profitèrent aussi pour faire l'emplette de quelques robes moulantes et passèrent chez le coiffeur.

Puis vint le jour du retour.

Debout devant la porte de sa ferme, Yolande renonça à se servir de sa clé. Elle sonna. Comme Ernest ne venait pas ouvrir, elle insista. Elle entendit la voix de son mari :

- Entre, Gaston. C'est ouvert !

Elle sonna encore.

- Octod'jus !... Si c'est un vendeur en porte à porte, un rémouleur, une vendeuse Avon ou un témoin de Jéhovah, ça va péter !!!

Yolande l'entendit approcher. La porte s'ouvrit.

- Madame ?... fit Ernest.

Le coeur de Yolande bondit de joie dans sa poitrine : il ne l'avait pas reconnue !

- C'est moi, grand fou ! minauda-t-elle.

- J' vous demande pardon ?...

- Ben, Ernest, tu ne me reconnais pas ?...

- Yoyo ?.. C'est toi ? Ben merde alors, ils font forts, à la Bourboule ! On croit rêver !

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David GILLE
Ecrit le: mardi 23 octobre 2007, 17:32


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Aussitôt, il sentit revenir en lui de vieilles ardeurs presque oubliées. Tel un chêne plein de sève bouillonnante, il oublia ses rhumatismes. Il ferma la porte d'un coup de pied, attrapa sa femme par le bras, lui fit un cinquième de hanche et l'expédia à trois mètres de là, sur le cosy-corner. Puis il prit son élan, et, avec un cri de bête, plongea dans sa direction. Pendant le vol, il eut le temps de déboutonner son pantalon de velours côtelé, et de le rabattre sur ses chevilles.

- Ouais, je vais me la faire, la grosse ! gueula-t-il avant d'atterrir entre les bras de Yolande.

Et en effet.



Pendant ce temps, Josiane Courtecuisse se présentait au presbytère. Le Père Manganate n'en crut pas ses yeux : sa bonne avait quinze ans et trente kilos de moins ! Josiane demanda à être confessée sur le champ. Elle avoua ne pas s'être rendue à Rome pendant ces trois dernières semaines, mais dans une clinique de chirurgie esthétique.

- Rassurez-vous ma fille, répondit le prêtre. Si vous m'aviez raconté que vous aviez fait la Solitaire du Figaro, je ne l'aurais pas cru !

Homme tolérant, il lui pardonna son petit mensonge et la complimenta sur nouvelle silhouette. En revanche, l'abbé Tysumène fut moins emballé. Habitué à entendre Josiane s'approcher (quand elle marchait, elle émettait des clapotis, soufflait comme un phoque et était précédée d'une odeur de graisse rance), il sursautait maintenant dès qu'elle entrait dans une pièce. De plus, il trouvait qu'elle avait l'air d'une créature du péché. Mais surtout, il ne voulait pas se retrouver seul en sa compagnie de peur qu'elle lui raconte ses charcutages.

Dans le village, les deux femmes firent évidemment des jalouses. Quant à Ernest Pichon, encouragé par Gaston Chambier, il piqua une colère mémorable lorsqu'il apprit que Yolande et la Courtecuisse étaient devenues amies comme truies.

Mais peu à peu, jour après jour, St Marcelin-sur-Poulaire retrouva sa quiétude d'antan et la routine s'installa.

Pourtant, dans l'ombre, quelque chose se tramait : un homme était tombé secrètement amoureux de Josiane Courtecuisse.

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castafiore
Ecrit le: mercredi 24 octobre 2007, 10:42


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Un matin, alors qu’elle allait rallumer les cierges devant le buste de Saint-Antoine, elle vit un bouquet de pissenlits déposé sur le prie-Dieu. Elle s’approcha et trouva une petite fiche bristol au milieu des fleurs.

« Josy, je vous aime. X » lut-elle avec stupéfaction.

Elle prit le bouquet, le mit dans un vase et le déposa devant la Vierge Marie. Puis elle revint à la cure et examina la fiche. L’écriture était élégante, le contenu du texte était insuffisant pour lui permettre de deviner qui en était l’auteur mais elle fut très fière d’être l’objet d’un tel intérêt. Elle rangea la carte dans son carton à photos. Le lendemain elle vaquait à ses occupations dans l’église et découvrit un deuxième bouquet de pissenlits devant la statue de Saint-François d’Assise, même fiche bristol et même texte. Puis pendant une semaine il n’y eut plus rien. Elle en était légèrement dépitée car c’était la première fois qu’elle recevait des messages d’amour.

Le lundi suivant, elle nettoyait l’encensoir, lorsqu’elle aperçut, devant le buste de Saint Thomas d’Aquin, un bouquet semblable aux autres. Mais le message était différent : « Josy, je t’aime. Je ne peux plus me passer de ta présence. RDV, ce soir 21heures devant la croix des 4 chemins. Je serai masqué ».

Quelle aventure pensa Josy. Que pourrait-elle mettre... Depuis qu’elle avait perdu ses kilos elle ne savait plus quoi porter et comme elle avait dépensé toutes ses économies elle ne pouvait plus rien acheter. Il y avait la petite robe moulante rose clair achetée à Marcilly, avec son pull violet ça irait bien. Un peu de rimmel, quelques touches de poudre, du rouge à lèvres rose-baiser, les cheveux retenus par une barrette… En se regardant dans la glace, vers 8 heures elle se trouva belle et c’est d’un cœur léger qu’elle monta la côte du quartier de Belcaire, passa devant la ferme du père Lapilule, traversa le petit bois de Soligny et s’installa devant la croix.

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castafiore
Ecrit le: mercredi 24 octobre 2007, 12:08


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La nuit commençait à tomber et elle s’impatientait. Elle entendit soudain des bruits de pas étouffés, elle se retourna et vit un homme portant le masque de Scream. Il s’approcha, elle recula, terrorisée.

- Ne craignez rien, chère Josy, dit l’homme en s’avançant. Je ne veux que vous chérir. Vous hantez mes nuits depuis votre retour de Rome, ma belle italienne.

D’où tient-il que je suis allée à Rome, je ne l’ai dit qu’au Père Manganate ? pensa la bonne du curé dans un éclair de lucidité.

- Belle Josy, d’amour vos yeux me font mourir, de désir votre poitrine m’alanguit, d’espérances inavouées vos fesses me font soupirer.


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David GILLE
Ecrit le: mercredi 24 octobre 2007, 12:50


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- Mais, qui que vous soyez, répondit Josiane le coeur battant, comment savez-vous que je suis allée à Rome ?

- En votre absence, monsieur le curé nous l'a dit en chaire, ma doulce amie, vous citant même en exemple !... Mon Dieu, que votre voix est belle ! Oh oui, parlez-moi encore !!!

- Ben, euh...

Il se laissa tomber à ses pieds. Elle le distingua mieux. Il portait un pantalon de flanelle grise et un gros pull irlandais en laine écrue. Rien, dans cette mise, ne laissait deviner son identité. Et elle ne reconnut pas non plus la voix, une voix chaude, un peu rauque, aux accents caressants. La seule chose qu'elle apprit, c'est qu'il assistait à l'office du dimanche.

Son mystérieux interlocuteur caressa délicatement ses souliers, et poursuivit :

- Vos pieds sont comme les lèvres avides d'un nourrisson qui sucerait les tétons d'où sort le miel de la terre. Vos jambes sont longues comme un poème de Ronsard, et vos sublimes hanches ridiculisent celles d'une cavale Atal Teke ! Ah, ma mie, ma mie ! Votre ventre, siège de toutes les félicités, me chavire la raison; et votre poitrine, généreuse et opulente comme une moisson en Beauce, me tourneboule les sens !... Et que dire de la finesse de votre cou ? Une merveille que Rubens lui-même n'aurait pu rendre ! Et votre bouche !... Ces lèvres purpurines, délicatement ourlées, charnues et délicates à la fois, évoquent les pétales d'une rose qui s'offre au tuyau d'arrosage d'un jardinier amoureux... on dirait une blessure laissée intentionnellement béante afin qu'on s'y engouffre ! Que vous êtes belle, ma Belle, mais que vous êtes belle ! Ah, cruelle, je sais déjà que mon amour pour vous fera mon malheur. Je vais souffrir et en mourir, je le sens. Mais je suis prêt à endurer mille morts pour un baiser de vous !

- Baiser, je veux bien ! fit Josiane, que sa qualité de bonne du curé avait tenu à l'écart des termes techniques, et qui pensait encore, il n'y a pas si longtemps, que l'expression "Elle porte un enfant dans son sein" signifiait que les foetus, à l'instar des bébés kangourous, grimpaient pour s'accrocher à l'intérieur des glandes mammaires. De ce fait, elle était persuadée que les femmes accouchaient directement par le bréchet.

Son mystérieux interlocuteur répondit en gentleman :

- Votre suave proposition me fait flatuler d'aise, ma mie. Mais attendons de nous connaître mieux. Ca n'en sera que plus délicieux !

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Sap1
Ecrit le: mercredi 24 octobre 2007, 20:30


Révolutionnaire piscicole


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Alors, saisissant délicatement l’extrémité des doigts de la main droite de sa bien-aimée, le mystérieux prétendant se pencha en avant en un baise-main magnifiquement exécuté, arrêtant son geste à quelques millimètres de la peau de Josy. Puis l’homme masqué, dont Josy se demandait déjà s’il était aussi beau parleur qu’il était beau-parleur, s’évanouit dans la nuit aussi subitement qu’il était apparu.

Ainsi se termina leur premier entretien. Surexcitée par cette rencontre surréaliste, Josiane Courtecuisse se mit en chemin vers le 13 de la Rue de la Paix pour raconter à sa nouvelle amie ses fleurettes telles qu’elles lui avaient été contées.

Arrivée devant l’huis des Pichon, elle eut soudain des remords à déranger le couple si tard dans la nuit, heure avancée que les cloches de l’église confirmèrent par une salve de dix coups. Déçue, elle venait de choisir de réfréner son besoin de raconter son nouveau bonheur quand l’intérieur de la maison s’illumina. Il y eut quelques bruits de tiroirs qui s’ouvrent, de chaussons et de vestes qui s’enfilent, et soudain la porte s’ouvrit.

Ernest ne fut pas aussi surpris d’apercevoir Josiane Courtecuisse sur son perron à 10 heures du soir qu’elle de voir sortir l’octogénaire uniquement vêtu d’un marcel blanc, propre quoique couvert de sueur, et d’un caleçon bleu ciel sur lequel volaient des cœurs percés d’une flèche, le tout (le marcel, le caleçon et l’octogénaire qu’ils contenaient) rapidement couvert d’un pardessus. En allumant sa cigarette, Ernest Pichon demanda :

- Qu’est ce que tu fiches là à cette heure, la Josy ? T’es somme-en-bulles ?

- Heu… non… c’est-à-dire que…

Josy ne parvenait pas à se concentrer, trop absorbée par la superposition des images de son rendez-vous avec celles d’Ernest à moitié nu devant elle.

- Ernest, parvint-elle soudain à prononcer, pourrais-tu s’il te plait fermer ton pardessus ?

S’exécutant, Ernest laissa Josiane Courtecuisse reprendre le cours de sa pensée.

- En… en fait je passais dans le coin par hasard, et je voulais en profiter pour dire bonjour à ta femme…

Sentant là quelque complot féminin, Ernest s’apprêtait à agresser la nocturne visiteuse quand Yolande Pichon, se rapprochant, lança :

- A qui tu parles, mon amour ?

Comme dans le même temps, elle ouvrit la porte, elle ne laissa pas le temps à « son amour » de répondre.

- Oh, Josy, c’est toi ?

- Bonsoir Yolie, désolé de vous déranger à une heure aussi tardive.

- Tu penses, tu ne nous déranges pas du tout, on… finissait… de… … regarder-la-télévision (elle avait dit les trois derniers mots d’une traite, espérant inconsciemment combler les pauses qui les avaient précédés).

- Mmmm, consentit Josy pour faire bonne figure, espérant laisser croire à son amie qu’elle l’avait crue, et c’était intéressant ?

- Boarf, c’était une rediffusion, on avait déjà vu cette émission hier et avant-hier.

Et comme elle conclut cette phrase sur un clin d’œil, les deux femmes éclatèrent d’un rire sonore, mettant du même coup fin à ces comédies de non-dits.

- C’est un peu de cela que je venais te parler, enchaîna une Josy à nouveau emballée par l’idée de raconter sa soirée, ce qu’elle s’empressa de faire.



… et donc pour finir, il m’a parlé de baise et de flatulence, s’est penché vers ma main, l’a reniflé, et est reparti comme il était venu.

- Ahhh, amour, quand tu nous tiens, compléta Yolande Pichon.

Les deux nouvelles chipies du village parlèrent jusqu’au lever du jour de leurs amours, avec des détails connus d’elles seules (ce qui, soit dit entre nous, n’est peut-être pas plus mal…). Les jours passèrent, puis les semaines. La notoriété du couple Ernest-Gaston était peu à peu remplacée par celle du couple Josy-Yolie. Le mystérieux Don Juan continuait inlassablement de courtiser sa dulcinée, les bouquets de fleurs déposés sur ses marches faisant parfois place aux poèmes accrochés dans les branches des arbres ou à d’autres délicates intentions.

Les semaines passant, Josy se contentait de moins en moins de ces présents. Elle voulait le rencontrer à nouveau et, si possible, démasqué. Le bal costumé organisé cette année pour la fête des vendanges serait peut-être l’occasion de réaliser son premier vœu, mais elle voyait mal comment le second pourrait être exaucé dans ces conditions. Elle se voyait déjà déguisée en princesse des mille et une nuits, déguisement dont elle pourrait sans problème se procurer tous les accessoires au magasin « Folles et Folies » de ce cher Guy Liguili. Mais Josy ne pouvait s’empêcher de penser : « Nous avons investi tant d’efforts et d’argents pour nous faire belles à nouveau (elle aurait toutefois pu se passer de cette dernière précision…), et voilà que notre première fête depuis l’opération va se faire, cachées sous des costumes »…

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

Si vous voulez aider les astronomes d'une façon ludique, c'est ici !!!

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king
Ecrit le: mercredi 24 octobre 2007, 22:49


Demi Dieu de l'Ordre de la Pie


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Bientôt plus d'une semaine que Pichon n'était pas venu boire un coup au new new deux piliers, enfin l'ancien, juste un verre au bras de sa Yolande le jour de la réouverture, sous les yeux ébahis des badauds agglutinés à la vitrine du bar. On leur donnaient facilement dix à quinze ans de moins et les commentaires fusaient, on n'y croyait pas, et chacun guettait le moment où cela allait craquer, connaissant la réputation de l’ivrogne, les paris allaient bon train et de voir Chambier seul à sa table, donnait un peu de répit au village.

- Allez qu'est ce que je te sers l’ancien, l'est pas là l’Ernest ? Demanda Albert Dufermage à Gaston qui faisait semblant de lire le journal

- Oh, il ne va peut -être pas tarder, mets-moi un noir, un blanc et un rouge, le tout dans l'ordre fit un Fit Chambier

- Rien que ça ?? Étouffa l’autre.

- Oui, monsieur, on gagnera en temps et en commérages répondit sèchement Chambier .

- D'autant que j'ai le bal à penser moi, faut que je fasse mes commandes, mais ça te passe au dessus de la tête, tu n'es pas concerné toi ! Ajouta Albert.

- Comment ça ? S'écria Chambier.

- Ben faut se déguiser, avoir une cavalière, enfin tu vois quoi ... Expliqua Albert sous quelques
rires étouffés venant du comptoir.

- Mais j'y serais, et accompagné, et le premier prix pffft ! Fit Chambier en joignant le geste à la parole, en plongeant la main dans la poche de sa veste.

Il bu ses verres et quitta le bar sous les quolibets, pris la direction de sa maison, marcha une dizaine de mètres, puis se ravisa, fit demi tour, traversa la place pour aller à la boutique "Folles et Folies". Une bonne demi douzaine d'yeux surveillaient son manège derrière les rideaux du bar, et autant à la boulangerie Le mitron. Gaston releva son col, son menton, et siffla un air guilleret en passant près de la file massée à la porte de la boulangerie. La porte de la boutique d' antiquités était juste à coté, il la poussa, une clochette retentit, ce qui fit arriver Guy Liguili plus ondulant que jamais, mais étonné de voir un client plus vieux que sa marchandise.

- Bonjour monsieur Chambrière, qu'est ce qui me vaut cet immense honneur ? Fit l’androgyne.

- Bonjour monsieur...dame, j'aurais voulu une capote, une belle capote ! Annonça Chambier en refermant doucement la porte.

Il y eu quelques secondes d'hésitation de la part du commerçant, et quelques visages outrés derrière la porte, ce qui fit sourire Chambier. Une fois ses esprits retrouvés, Guy Liguili (on va dire Guitou, sinon on ne va pas en finir) Guitou donc demanda:

-Et en quelle taille la voulez vous ???

- Ca doit être du cinquante quatre! répondit du tac au tac Chambier en se retenant de rire.

- Oh, vous êtes un farceur, vous me faites marcher. Fit Guitou une main sur la hanche et l'autre sur la tempe.

-Même courir, ce que je voudrais c'est ça! dit-il en montrant un grand pardessus kaki, vous me l'emballez, c'est pour une surprise !

De retour chez lui, ayant revêtu la redingote, coiffé d'un calot, il alla l'étable, et après deux ou trois allers retours devant sa vache il dit :

-Alors Marguerite, qu'est ce que t'en penses ? T’as envie d'aller au bal ? Qu'est ce qu'on dit
à papa Fernandel ? Et puis tu vois je pourrais te surveiller, j'ai pas envie qu'on te mette aussi une balle dans le ciboulot ma grande et je vois déjà leurs têtes d'ici, ils ne m'attendent pas à leur pince-fesses !

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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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David GILLE
Ecrit le: jeudi 25 octobre 2007, 09:14


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Pendant que Chambier paradait ainsi devant sa vache, Ernest Pichon s'épuisait dans des activités génésiques, activités qui l'avaient forcé à acheter un nouveau matelas Treca et une crème contre les cernes.

Ses retrouvailles avec Yolande avaient exacerbé sa libido, certes, mais il commençait à en avoir marre. Ce n'étaient pas vraiment leurs culbutes qui le dérangeait, mais plutôt ce que Yolande lui servait à table. Tous les aliments avaient le même goût, un goût un peu piquant et sucré; pas désagréable, mais lassant. Il fouilla dans le placard de la cuisine et y découvrit une boîte de gingembre déjà sérieusement entamée, qu'il balança aux ordures en grommelant : "Sacrée fumelle, va ! On croit rêver !".

Et puis, Gaston lui manquait. Il n'avait pas revu son compère depuis plus d'une semaine. Il se promit de rattraper le temps perdu dès le lendemain, et d'écluser avec lui tout ce qu'Albert Dufermage était capable de leur servir en 12 heures chrono. C'est ce qu'il fit, dès 8 H du matin. Sous une pluie battante, il se rendit au "New New Deux Piliers" où flottait encore une odeur de peinture fraîche. Gaston Chambier était déjà là, le nez dans son cinquième Byrrh. Les retrouvailles furent chaleureuses, bruyantes et démonstratives :

- Qu'est-ce que tu prends ?

- Comme toi.

Dehors, le ciel était plombé et le vent soufflait en rafales, faisant claquer les volets et incitant la volaille à se mettre à l'abri dans les poulaillers. Quelques chiens hurlèrent à la mort. Mauvais présage...

- Je suis content qu'Albert ait retrouvé son troquet, fit Pichon en regardant autour de lui. C'est joliment décoré. Il a bien fait de se débarrasser de ces vieilles boiseries du 17ème siècle, et de les remplacer par du Formica. C'est moderne. Bonne idée, aussi, d'avoir remplacé le vieux fourneau en faïence du 18ème par un radiateur Philips. C'est bien plus chic.

- Ouais, mais cette odeur de peinture dénature le Byrrh... fit Chambier.

A l'extérieur, le ciel se déchaînait. Il tombait des glaçons gros comme des balles de ping-pong.

- Octod'ju ! s'exclama Pichon. Ces gens de la météo sont en train de nous bousiller le climat. On croit rêver !

La grêle cessa, remplacée par des hallebardes. Des trombes d'eau dévalaient maintenant la rue. Harry Vancouran arriva en courant :

- Vite, la Poulaire vient de sortir de son lit ! Ça déborde, va y avoir une inondation, les gars !

Effectivement, l'eau montait régulièrement. D'un oeil incrédule, Albert Dufermage regardait les gros bouillons que dégorgeaient les égouts. Les premières vaguelettes léchaient déjà sa porte. Puis une vague d'une trentaine de centimètres déferla, charriant de petits morceaux de bois et des papiers gras.

- Merde, un tsunami ! brailla un client. On va perdre nos maisons et devenir des réfugiés !

Lorsque l'eau passa sous la porte, Albert Dufermage s'arracha ses derniers cheveux.

- C'est pas vrai, ça !... Dites-moi que c'est pas vrai ! Je viens à peine d'ouvrir, et voilà qu'après le feu, c'est l'eau qui me pourrit la vie !

- L'eau pourrit tout, commenta Chambier. C'est un liquide dangereux et nauséabond. C'est pour ça que je n'en bois jamais, sauf dans le pastis.

Les quelques consommateurs présents aidèrent Dufermage à poser les chaises sur les tables et à évacuer la caisse. L'eau montait toujours, et ils avaient maintenant de la flotte jusqu'aux chevilles...

Ce n'est qu'en fin de matinée que le niveau baissa. Dufermage mesura les dégâts et gémit :

- Le plancher va se soulever, et il va falloir nettoyer tout ça. Je vais devoir fermer pendant au moins quinze jours...

- FERMER ??? hurlèrent Chambier et Pichon à l'unisson. Tu n'y penses pas, Albert !!!

Le reste de la journée se passa à transporter tout le fourbi dans la grange des Pichon. Tandis que Yolande raccrochait les lampions, Ernest peignait un panneau "The New New New Deux Piliers" qu'il cloua au-dessus de la porte.

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Pendant ce temps, Josiane Courtecuisse avalait cachet sur cachet pour calmer le feu qu'elle sentait brûler en elle. Jamais, depuis son aventure avec Maurice Molard, soixante ans plus tôt, elle n'avait ressenti pareil trouble. Et ce trouble était entretenu par les petits mots que son mystérieux amoureux semait partout. Ce même jour, elle en trouva un nouveau, accompagné d'un caramel mou. Il disait : "Que me tarde le bal des vendanges, ma mie !"

En croisant les passants dans la rue, Josiane scrutait les visages, cherchant un infime signe de connivence. Mais rien... Les hommes semblaient ne pas la voir, ou alors ils détournaient le regard pour admirer la silhouette d'une jeunette. "Tous des porcs !" murmurait-elle alors.



La date du grand bal des vendanges approchait. On en était à moins d'une semaine. La boutique de Guy Liguili avait été prise d'assaut et il ne restait plus aucun costume à vendre ou à louer. Les retardataires durent se déplacer à Rollain-sur-Poulaire, où se trouvaient les Etablissements Varde, location de costumes et d'accessoires de théâtre.

La gérante, Melba Varde, était incapable de garder un secret, et l'on sut bientôt ce que toutes ces dames porteraient. Avec la fantaisie propre aux créatures de leur sexe, elles avaient fait preuve d'une grande originalité. Au bal, il y aurait donc quarante-deux Sissi impératrice, vingt-huit Angélique marquise des Anges, douze Pompadour, dix Madame de Maintenon, huit du Barry, cinq Lady Diana et une Vincent Mac Doom.

Les hommes, qui, comme chacun le sait, sont des êtres sans imagination, ne firent que peu d'efforts. On savait déjà que Chambier viendrait avec sa vache, et Pichon avec sa femme. Le boucher Alemery avait décidé de se revêtir d'une carcasse de boeuf, avec un huit-reflets sur la tête et un mirliton dans le derrière. Fidèle Oposte, le fossoyeur, viendrait en tutu et armé d'une faux. Germain Poileux, le maire, avait emprunté une vieille soutane au curé parce qu'il voulait savoir, disait-il, quel effet ça lui ferait d'être appelé "Père Poileux"... Dugommier, le notaire à la retraite, viendrait en petit rat de l'opéra. Hakim Fémal, le cul-de-jatte, avait décidé de se déguiser en presse-papier. Le directeur de la banque, Jean-Loup Peupahune avait décidé de se déguiser en courant d'air.

Quant à l'épicier Omar Chécouvert, il avait décidé de ne pas se déguiser du tout, mais de vendre aux fêtards des préservatifs, des noix de pistache et des rahat-loukoums.

The Mamayes and the Papayes ayant été déclarés personnae non gratae suite à l'affaire Paco Tison / Augustin Molard, les organisateurs invitèrent quatre orchestres : les Bourriquets de Bourac, connus dans tout le canton pour leur bourrées endiablées, interprétées à la viole de gambe et à la passoire à spaghettis. Ensuite, originaires de Rollain-sur-Poulaire, Les Rollain Stones, un groupe de rock explosif. Leurs membres étaient habillés de cuir noir et maquillés en démons, et ils jouaient sur des guitares en forme de croix celtiques. Sur scène, ils avaient les jambes écartées et balançaient des trucs mortels, tels que "Les gondoles à Venise", "Si j'avais un marteau" ou "La plus belle pour aller danser". Pour leur dynamisme musical exceptionnel, on les comparait souvent au groupe "Scorpions". Troisième formation invitée, Ed Clapier Jr et les Céréales Killers. Toutefois, ces derniers, surfant sur la nouvelle vague des rythmes afro-cubains, avaient changé de nom, reprenant leur ancienne dénomination Los Clapéros. Ils avaient recruté un nouveau bassiste, Mick Hay, qui se faisait maintenant appeler "Miguel Heno" pour faire plus espagnol... Enfin, Chuck Béret et son accordéon clignotant, de Moignon-en-Puthay, clôturerait le bal.

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David GILLE
Ecrit le: jeudi 25 octobre 2007, 19:39


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koool
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 09:34


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Et, le grand jour arriva....La Poulairie entière était en émoi. Depuis tôt le matin, bien avant le lever du soleil, le vin nouveau dont la seule qualité était d'être un peu plus acide que le vieux gardé précieusement au fond des celliers dans des fûts en plastique, le vin nouveau donc coulait à flots au New-New-New Deux Piliers: à 10 heures du matin, on en était même déjà à se demander si le cours du brut n'allait pas dépasser celui de la Poulaire ....

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Sap1
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 10:02


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Les derniers préparatifs s’achevaient dans ce que tout le monde avait pris l’habitude d’appeler le 3N Deux Piliers, ou 3N2P pour les intimes, ainsi que dans les foyers, où les femmes et les mères fignolaient les dernières retouches sur les costumes de leurs maris ou enfants (leurs propres déguisements étant bien entendu terminés depuis plusieurs semaines déjà). Cette année-là verrait la toute première fête des vendanges costumée, et nul ne voulait rater son intervention.

Vers 19 heures, alors que le soleil d’octobre teintait un ciel dégagé de ses ultimes rayons rouges violacés, les premiers fêtards se présentèrent au 13 de la Rue de la Paix : une Angélique-marquise-des-anges, un pompier, un Casper-le-gentil-fantôme et un Goldorak (avec un fulguro-poing en carton amovible !) se trouvèrent ainsi accueillis par un Roméo ventripotent (et déjà imbibé) et par un prisonnier en cotte kaki estampillée d’un « KG » jaune, tous deux accoudés à la planche montée sur tréteaux censée mimer le bar, ainsi que par une vache sagement occupée à brouter les fleurs décoratives entourant la scène réservée aux musiciens.

- Ah bonjour, Ernest. Bonjour, Gaston. Sympas vos déguisements…

- Mmm, firent les deux hommes sans décoller leurs lèvres de leur verre de bière, et bien sûr sans retourner le compliment à la famille Robert.

- Mais dis-moi, tonton, c’est quoi le tag que tu as dans le dos ?

- Oh ça ? C’est de l’Allemand, tu peux pas comprendre. C’était marqué sur la blouse de tous les prisonniers de guerre. Mais t’as pas connu, toi, la guerre… C’est le boche là (désignant un Robin des Bois), qui me l’a dit … Merde, comment qu’il s’appelle déjà. Il vient de Cologne… Helmut Arde !!! Donc, il m’a dit que KG, ça voulait dire « Kriek défend tes nerfs »… J’ai pas trop compris, mais je crois que c’est un hommage à la bière à la cerise…

Gaston Chambier finissant de remplir son verre, la discussion linguistique et historique prit tacitement fin.

Ces premiers invités furent rapidement rejoints par d’autres marquises, d’autres reines, d’autres comtesses… d’autres pompiers, des cow-boys, des Zorro, des Peter Pan, des Casper… Saint Marcelin-sur-Poulaire ne semblait pas déroger à la règle du manque international d’originalité des bals costumés… Quelques exceptions étaient toutefois fières de confirmer la règle, et quand on demandait à Fidèle Oposte pourquoi il avait singé la mort en tutu, celui-ci, amateur inconditionnel des traits d’esprits de feu Desproges, répondait « La mort se rit bien de nous, pourquoi ne pourrions-nous pas nous rire d’elle ? ».

Vers 20h30, le 3N2P faisait salle comble, et ce, bien que la vache d’Ernest Pichon ait été remisée dans le potager, et la partie jusqu’alors encore réservée à l’étable, nettoyée à la hâte. Tout le village avait joué le jeu du déguisement, et seules huit personnes ne s’étaient pas costumées : Pacôme Hikpour-Insou s’était dévoué pour assumer le rôle, également internationalement répandu, du « Je me suis déguisé en Pacôme Hikpour-Insou » (phrase en général terminée par un rire qu’il espérait contagieux) ; Omar l'épicier, trop occupé à vendre sa camelotte ; et la famille Abdul-Ben-Moussah, qui s’était jurée l’année passée qu’on ne l’y reprendrait pas, avait remisé ses costumes de dromadaire au placard…

Yolande et Josy furent deux des dernières personnes à arriver, arrivée d’ailleurs qui fut largement remarquée : la première, déguisée en Juliette, courut rejoindre son Roméo sous les regards qui interrogateurs, qui amusés, qui langues-de-vipère de toute l’assemblée féminine présente, cependant qu’une princesse des Mille et Une Nuits à peine plus jeune scrutait la salle à la recherche d’un personnage d’épouvante au visage blanc distordu. Elle le trouva bientôt, esseulé à l’autre bout de la pièce, semblant n’attendre que sa venue. Comme elle-même ne portait pas de masque pour couvrir son somptueux et délicat visage (pensait-elle…), elle ne doutait pas qu’il l’accosterait le moment venu.

Mais une fois le repas – encore et toujours sponsorisé par Alemery – arrivé à sa conclusion, le mystérieux inconnu n’avait toujours pas amorcé son approche. Samuel Paquet, réquisitionné pour animer la soirée, annonça bientôt au micro la valse qui lancerait le bal proprement dit ; et Josy, donnant une ultime chance à son prétendant de prendre la vache par les cornes (ou par ce qu’il voudrait… grand fou…), laissa se jouer les Valses de Vienne en même temps que ridiculiser la quasi-totalité des prétendus valseurs. Seuls Julien et Inès Perret, qui avaient dû prendre des cours de danse à Bourac d’où ils étaient originaires, s’imposèrent comme couple de la soirée, ce que tous reconnurent en leur laissant la piste pour eux seuls.

Josy, bien loin de ces considérations chorégraphiques, se décida à sauter le pas. Et comme les violons viennois laissaient la place aux passoires à spaghettis dans une transition magnifiquement exécutée par les Bourriquets de Bourac, notre Shéhérazade se décida à risquer sa peau auprès du tueur de Scream. D’abord tendue par cette approche qu’elle n’avait jamais eue l’occasion de faire, Josy se mit bientôt à danser autour de l’homme en noir comme un chat danse autour d’une jambe pour y laisser son odeur, à ceci près que certains chats savent peut-être faire la danse du ventre…

Cette parodie de danse exotique sur fond de rock’n roll agricole donnait à la scène un ton comique certain, ce que ne semblait pas remarquer le personnage masqué. Celui-ci, toujours sans mot dire, commença à se rapprocher de la danseuse pour n’en être bientôt plus séparé que par une fine épaisseur de tissu, à même de laisser transparaître les émotions de chacun.

Celles-ci furent rapidement mises à mal par un objet volant non identifié venu percuter la tempe masquée du danseur. La nature de l’objet – un verre – se fit connaître en même temps que son lanceur, qui semblait bien décidé à tuer le tueur. S’en suivit un pugilat digne des plus grands combats de catch : à gauche, jusqu’alors invaincu, le héros de Scream, qui a plus de victimes à son actif sur le ring que dans ses films… à droite, orange de rage et de jalousie, bien décidé à en découdre, Casimir…

Josy ne comprenait rien de ce qui se passait. Les deux hommes se battaient pour elle, c’était tout ce dont elle était sûre, et c’était tout ce qui comptait pour le moment. Ayant d’abord pris la défense de son prétendant psychopathe en assénant à son protagoniste un coup de fer à repasser (qui ne quittait décidément jamais son sac à main), l’incompréhension finit de la gagner quand un Casimir aux yeux de plastique aussi gros qu’inexpressifs lui dit d’un ton implorant « Mais ma mie, c’est moi-même votre aimé… ». Ce sur quoi six Sissi saisies par cette sincère sentence surenchérirent d’un « Ciel, c’est si sensuel… ».

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Sap1, 189ème membre de l'Ordre du Hibou, Grand Protecteur des Cistes Etoilées, Dépositaire des Cistes Vendéennes Disparues, Détenteur du Baston d'Alvaronne, inscrit à Cisthématique et chargé du cadastre/annuaire de Saint Marcelin-sur-Poulaire

Si vous voulez aider les astronomes d'une façon ludique, c'est ici !!!

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David GILLE
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 15:46


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Au moment où, enfin, Casimir allait se dévoiler, le destin, toujours vicelard et pernicieux, joua un dernier tour aux deux tourtereaux : une bousculade les sépara. Comble de l'ironie, les Bourriquets de Bourac attaquaient à cet instant précis La Foule, d'Edith Piaf : "Et j'entends dans la musique les cris, les rires, qui éclatent et rebondissent autour de moi. Et perdue parmi ces gens qui me bousculent, étourdie, désemparée, je reste là."

Les jambes flageolantes, Josiane Courtecuisse se fraya un chemin jusqu'au fond de la salle. Elle monta sur une chaise afin de pouvoir embrasser toute l'assemblée. Ses yeux et son coeur éperdus cherchaient Casimir...

Hélas, tout ce qu'elle voyait à ses pieds, c'était le vainqueur du concours de mangeurs de cuisses de grenouilles, Jean Bombeur, qui dansait avec Mélanie Zettofrais, la gagnante du match de catch féminin. Au milieu de la piste, Jacques Crobate se faisait remarquer par sa souplesse; tandis que Jésus-Hans-Hubert Form se trémoussait devant la scène au rythme de la musique, perdant son pantalon. Ollie McAronny, l'Ecossais qui avait quitté les Highlands pour s'installer à St Marcelin, était en tenue de gala et dansait avec sa cornemuse. A chaque mouvement, son kilt dévoilait de quoi lui valoir une condamnation pour outrage public à la pudeur. Mais personne n'osait lui en faire la remarque, car Ollie McAronny était un bagarreur notoire, et il mesurait près de deux mètres.

Roman Polissiet, le libraire, déclamait des vers à l'oreille de Mylène Micotton (dont le mari réclamait des verres au bar), pendant que Quentin, Anne et Jacques Uly-Lebray se tenaient par les coudes et faisaient la ronde.

Un peu à l'écart de la foule, Sarah Tatouille, la gagnante du concours Miss Vendanges (un concours sponsorisé par Olida), répondait aux questions de Théophile Moile-Micreau, le reporter de la station locale Radio-Labours, pour son émission du lendemain, "Le dimanche, on va à la glaise".

Dans le coin opposé, Lydie Ott - qui, l'année précédente, avait remporté le concours de course en sac - se penchait sur Julien Collune, lui offrant ainsi une vue plongeante dans son décolleté et sur sa cicatrice de l'appendicite.

Même le cul-de-jatte Hakim Fémal était de la fête : sa femme, Aïcha Fémal, l'avait ficelé avec des lanières contre son buste, et ils virevoltaient avec une légèreté insouciante.

La plupart des dames tenaient un loup devant leur visage pour dissimuler leurs traits, ce qui arrangeait bien les messieurs, car elles n'avaient plus qu'une main pour se défendre.

Mais les yeux de Josiane avaient beau fouiller l'espace, pas de Casimir... Désespérée, elle s'apprêtait à descendre de sa chaise et à rentrer à la maison, lorsqu'elle LE vit.

Lui aussi monté sur une chaise, à côté du bar, il la regardait. Entre eux passa comme un arc électrique. Ô joie ! Ô félicité !

Alors que Los Clapéros remplaçaient sur scène les Bourriquets de Bourac et interprétaient "Béchamel, béchamel mucho", Josy bondit de sa chaise et courut vers Casimir, les bras écartés, giflant au passage une trentaine de danseurs. Parvenue devant son soupirant, elle le supplia :

- Oh, je vous en prie, ne me faites pas languir davantage ! Je vous en supplie, dites-moi qui vous êtes !...

Casimir dévissa lentement sa tête. Josiane porta la main à sa bouche :

- Vous !

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castafiore
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 22:32


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L’homme qui avait été l’objet de ses rêves les plus fous, celui qu’elle avait passé la soirée à rechercher emportée par la foule, lui qui faisait battre le cœur qui s’était arrêté à l’heure de la mort de Maurice, lui qui n’aurait eu qu’un mot à dire pour qu’elle le suive au bout du monde, qui sait même à Bourac, cet homme n’était autre que Michel Grondin, l’instituteur. Célibataire il passait son temps dès la fin des cours à draguer toutes les femmes du village, on l’avait même vu courir autour de la vieille Toupy qui n’avait pas mis longtemps pour lui dire ce qu’elle pensait de sa conduite en lui donnant un bon coup de pied à l’endroit le plus fragile de l’anatomie masculine. Il s’était ensuite attaqué à Elvire Sacuti, l’infirmière qui avait résisté fermement à ses avances. La seule dont on pouvait supposer qu’il eût réussi à obtenir ce que qu’il souhaitait était la perceptrice Emma Pridecour dont le nom malheureusement évoque parfaitement la raison pour laquelle il l’avait eue. Lorsqu’il ne faisait pas le beau dans le village, Grondin, passait son temps devant son ordinateur et s’était inscrit au Club des Gazelles, une officine de rencontre, où il escomptait conclure puisque personne ne cédait à ses avances dans la commune. La subite transformation de Josy l’avait absolument estomaqué et il était réellement tombé amoureux. Aussi, lorsqu’il reçut le cabas lesté de Josy sur l'occiput pour la seconde fois en dix minutes, cette fois délibérément, fut-il doublement affecté. Il s’écroula au milieu des danseurs. Josy profondément blessée de n’être qu’une millionième sur le carnet de bal de cet instituteur fort laid quitta l’assemblée et rentra déconfite à la cure.

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castafiore
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 23:08


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Les danseurs médusés n'avaient rien compris à la scène mais se retrouvaient avec l'instituteur sur le carreau. La fête aurait pu être gâchée si Chuck Béret, avec son accordéon clignotant n'avait immédiatement battu le rappel en jouant "La fille du Bédouin" avec une frénétique ferveur.

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David GILLE
Ecrit le: vendredi 26 octobre 2007, 23:35


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Josiane Courtecuisse était de ces femmes dont les bonheurs, même simples, sont cosmiques et les chagrins, abyssaux. Même le Père Manganate et Yolande Pichon n'osaient pas la déranger, et respectaient sa douleur.

Josiane se roulait sur son lit, se griffant les seins. Bien sûr, elle creva l'un d'eux qui se dégonfla avec "pschhhh". Mais elle n'en avait cure (ce qui semble paradoxal pour la bonne d'un curé). Ses pleurs étaient déchirants et ravageaient son visage et son voisinage. Elle mordait son oreiller et le secouait comme un chien secoue un chiffon, et elle faisait sous elle.

Au bout de quelques jours, pour compenser, elle commença à dévorer des barres Mars ainsi que des pots entiers de Nutella. Puis elle passa aux protéines et ingurgita des monceaux de fromage de tête, de saucisses le Lyon, de tripes froides et de pieds de cochon. Ensuite, elle connut sa période pâtisserie, faisant une consommation immodérée de pets-de-nonne, de paris-brest et de babas. Elle, qui ne buvait jamais d'alcool, tétait maintenant en permanence un litron de gros rouge qu'Omar Chécouvert était trop heureux de lui livrer par caisses entières, qu'il déposait devant sa porte. Elle emmagasina autant de calories que de rancoeur contre le reste du monde.

Au bout de quinze jours, elle avait retrouvé son apparence ancienne, celle d'avant sa visite à la clinique du Pr Ingue; mais avec un sein qui s'était entièrement déroulé et pendait sur son pubis, la gênant pour faire pipi.

Un matin, on la retrouva en morceaux dans sa salle de bains. Sa peau, sans doute trop tendue par le chirurgien, avait éclaté. Un oeil s'était incrusté dans le mur, et ses tripes pendaient du plafonnier.

Le Père Manganate dit la messe des morts et on procéda à l'inhumation. Tout le village suivit le corbillard, mais personne ne pleura.

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David GILLE
Ecrit le: samedi 27 octobre 2007, 20:20


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Chapitre 8




- Mes éconocroques ! Mes éconocroques !

Le vieux Isidore Lapilule venait de faire irruption en trombe au 3N2P, rouge comme une pivoine et haletant comme une forge.

- Mes éconocroques ! Mes éconocroques !

- Quoi, vos éconocroques ? fit Chambier. Arrêtez de brailler, père Lapilule ! On n'est pas sourds, nous autres !

- On m'a piqué mes sous, j' vous dit, acré vingt-dieux !!!

Le vieux portait son Sonotone. Voulant économiser les piles, il ne se servait de l'appareil que dans les cas très très graves. La présence de l'appareil dans son oreille gauche était synonyme de drame.

Pichon demanda :

- Et où ils étaient, vos sous ?...

- Dans mon canon à goulasch !

- Dans quoi ? demandèrent Dufermage, Pichon, Chambier, Ptipeux, Manjouis, Anatole et Léon d'une même voix, un air ahuri imprimé sur le visage.

La Gulaschkanone, ou "canon à goulasch", était une roulante qu'un cuistot allemand avait abandonnée sur place lors de l'arrivée des troupes de libération, à la fin de la guerre. Lapilule l'avait remisée dans son hangar et y cachait son argent depuis près de soixante-cinq ans. Vieux paysan madré, il savait que le meilleur endroit pour cacher ses économies, c'était dans un lieu ouvert à tous les vents, là où, justement, personne n'irait fouiller.

- Combien ? demanda Chambier avec une remarquable sobriété.

- Vingt millions !

- Vous savez, Isidore, après les anciens francs, nous sommes passés aux nouveaux francs, puis à l'Euro, fit remarquer Albert Dufermage.

- Ça fait combien, en sous d'aujourd'hui ? demanda encore Chambier, qui aimait bien traduire les sommes abstraites en alcool, étalon beaucoup plus éloquent selon lui.

- Trente mille Euros, répondit Dufermage, calculette en main. Soit trois mille cinq cent vingt-cinq bouteilles de Pineau, virgule douze godets de Martini et un expresso, précisa-t-il à l'attention de Chambier.

Gérard Manjouis se pencha vers Pichon et murmura :

- Ben mon cochon !... Ça rapporte, de mouiller le lait !

- Je porte mon Sonotone, j'ai tout entendu !... Qui a dit que je mouillais mon lait ? glapit Lapilule en regardant autour de lui d'un air furieux.

Albert Dufermage répondit :

- Gérard Manjouis, dans l'oreille d'Ernest Pichon.

- Eh bien moi, jamais ! hurla Lapilule. Et d'ailleurs, je m'en fous, dans quoi tu le fais !... Alors cherche pas à changer de sujet, Albert : je veux savoir qui a dit que je mouillais mon lait !

- C'est moi ! répondit Manjouis pour mettre fin au quiproquo.

- Petit merdeux ! lui lança Lapilule. Tu piques tes veaux, et tu oses me faire des remarques à propos du lait ? Empoisonneur !

- Suppôt de Monsanto !

- On croît rêver ! s'exclama Pichon, qu'on sentait impatient d'aller au bourre-pif, bien que l'affaire ne le concernait absolument pas.

Albert Dufermage était rompu à ces échanges. Mais comme ils débouchaient parfois sur des horions, il fallait empêcher les mains noueuses d'aller au contact de nez violacés s'il voulait préserver son mobilier. Pour cela, il connaissait la phrase miracle :

- J'offre la tournée !... Bon, Isidore, quand avez-vous constaté la disparition de vos économies ?

- Ce matin. J'allais déposer dans mon canon le bénef versé par la coopérative - une misère, soit dit entre nous - et mon pognon avait disparu.

- Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?

- Lundi, il y était encore. Ça s'est donc forcément passé entre lundi et aujourd'hui.

- Bien raisonné, fit Pichon en approuvant d'un hochement de tête.

- Faut aller aux gendarmes, M'sieur Lapilule, et porter plainte contre Jacky Ickx ! fit Justin Ptipeux, lequel avait oublié quelques neurones dans le ventre de sa mère, et dont le Q.I., de ce fait, était inversement proportionnel au cours du brut.

- Bien raisonné, répéta Pichon.



Deux heures plus tard, le maréchal des logis Julien Perret se trouvait à la ferme Lapilule avec six de ses hommes. L'enquête pouvait commencer.

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king
Ecrit le: samedi 27 octobre 2007, 22:20


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Avant d'emprunter le petit chemin détrempé qui menait à la porte, ils rectifièrent leur position en posant leur képi d'équerre, en lissant leur moustache et en tirant sur leur ceinture pour se mettre les choses en place. Une légère bruine leur faisait faire la grimace les obligeant à marcher sur la pointe des pieds, leur donnant un air plutôt cocasse.

Ce message a été modifié par king le samedi 03 novembre 2007, 13:54

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Jadis il était un roi elfe
Un seigneur de l'arbre et des vallons
Quand l'or étaient les rameaux printaniers
Dans LOTHLORIEN la belle

Du mât à la mer , on le vit s'élancer
Comme la flèche de la corde
Et plonger dans l'eau profonde
Comme la mouette en vol

Le vent était dans ses cheveux flottants
Sur lui brillait l'écume
De loin , ils le virent fort et beau
S'en aller, glissant tel un cygne

Mais de l'ouest n'est venu aucun message
Et sur la rive Citérieure
Nulle nouvelle n'ont plus jamais entendu
Les elfes d'AMROTH




ni bâton renifleur, ni couronne


j'étais là ... avant ...maintenant ailleurs, et bien content d'y être !

un roi est passé ....
 
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